Mon ami Eric qui, ainsi que je vous l'ai déjà dit, s'intéresse aux Etudes traditionnelles, a également un certain talent pour l'écriture, m'a fait parvenir un article
toujours relatif à l'Egyptologie.Il concerne le dieu Thot. Je vous en souhaite une bonne lecture
Claude de Villers
THOT, LE MAÎTRE DES PAROLES DIVINES
Immobile, je dois contempler ton visage, ô Thot !
Ne sois donc ni trop dur ni trop cruel avec moi !
Regarde ! Tous les dieux remettent entre tes mains,
Pour des millions d’années à venir,
Leurs trônes, ô Thot ! Pour que tu puisses en disposer !
(« Prière pour ne pas mourir pour la deuxième fois »,
Le Livre des morts).
1. Thot, dieu de la Lumière nocturne et de la Connaissance initiatique.
En égyptien, Thot porte le nom de Djehouty, un terme que l’on n’est
pas encore parvenu à déchiffrer.
Ce dieu est le patron de l’Ecriture, des Scribes et des Arts,
il est le Grand Maître des Hiéroglyphes et le transcripteur des paroles divines. C’est
également lui qui tenait les comptes des généalogies royales dans l’Egypte
pharaonique.
Thot est doté d’un certain nombre de surnoms et de
qualificatifs. Ainsi le nomme-t-on « Calculateur des années », « Maître de la Maison de la Vie », « Seigneur du Temps », « Maître des Paroles Divines »
(=hiéroglyphes), « Scribe de Maât de la Grande Ennéade » (=Collège des dieux).
On le nomme également « Seigneur de la Lune » ou encore « Aton argenté ». Le lien entre sa fonction de « Maître du Temps » et
l’astre nocturne, est à mettre en rapport avec le fait que la Lune constituait la mesure du
calendrier égyptien.
Thot est le dieu de ceux que la nuit inspire, la Lumière jaillissant au cœur des Ténèbres. Thot est ainsi le « Cœur de Rê », soit la pensée conceptuelle
du dieu solaire. Il est également le conseiller de ce dieu qu’il accompagne dans la barque
solaire, de même que son représentant sur terre –la « Lumière de Rê » dans son aspect nocturne-, et ce depuis que Rê, après la rébellion des hommes, décida de s’éclairer et d’éclairer le monde à partir des cieux. Thot symbolise donc la lumière secrète des Initiations et des Mystères, et personnifie la Connaissance initiatique.
Voilà pourquoi les Grecs, qui s’imposèrent en Egypte à l’époque d’Alexandre le Grand, assimilèrent Thot au dieu grec Hermès Trismégiste dont le qualificatif de
« Trois Fois Grand » provient d’ailleurs d’une adaptation d’une épithète de Thot parfois nommé « Deux Fois Grand » (comme synonyme de « Très
Grand ») :
« Thot est ainsi honoré à Denderah, sous le règne de l’empereur Néron (37-68) : « Thot, le deux fois grand, le plus ancien…le souverain dieu,
créateur du Bien…seigneur du Temps, roi des années, scribe des annales de l’Ennéade ! » (Encyclopédie des symboles, Cazenave, p. 677).
Hermès Trismégiste est également le nom d’un personnage mythique de l’antiquité gréco-égyptienne, auquel on a attribué un ensemble de textes nommés
Hermetica, et dont les plus connus sont le Corpus Hermeticum
(un recueil de traités mystico-philosophiques) et la Table d’émeraude. Il
convient toutefois de ne pas confondre le dieu grec avec ce personnage mythique dont le nom tient une place essentielle, on le sait, dans l’alchimie traditionnelle, dans laquelle on retrouve
également l’image de Thot, notamment sous la forme d’un singe cynocéphale :
« Comme Thot-Hermès, ou comme Hermès Trismégiste, le dieu est alors l’initiateur de la gnose (de la connaissance véritable) en même temps que le maître de
l’alchimie et de toutes les pratiques de la théurgie. » (Encyclopédie des symboles, Cazenave, p. 677).
L’assimilation de Thot à Hermès Trismégiste (le dieu et le personnage mythique) est définitivement réalisée dans le « Corpus Hermeticum, qui se veut à la fois l’héritier de toute la tradition du Nil, de la tradition grecque et des mystères orientaux. » (Encyclopédie des symboles, Cazenave, p. 676).
A Memphis, on disait de Thot qu’il était la « langue de Ptah » (on le dit parfois aussi « langue d’Atoum », dieu d’Héliopolis), soit le Verbe
créateur ou encore, en tant que Magicien Suprême, le « Maître de la magie sonore ».
2. Thot, Juge et Greffier des dieux.
Dans la plus ancienne mythologie égyptienne, Thot remplit les fonctions de juge et de greffier (scribe) lorsque se réunissent les tribunaux divins. Son épouse Mâat
(d’autres sources présentent également Sechat comme l’épouse de Thot) est la déesse de la Justice. Elle est aussi la gardienne de la Connaissance, de la Vérité, de la Mesure et de l’Harmonie
universelle.
Thot préside le tribunal des dieux auquel Isis et Horus viennent se plaindre de l’assassinat d’Osiris par Seth. Il préside également à l’audition des défunts
lorsque ceux-ci comparaissent au tribunal d’Osiris. Après la « Pesée de l’âme » (ou du cœur), durant laquelle on dépose l’âme du défunt sur une balance, ladite âme ne devant pas se
révéler plus lourde que la plume de Mâat au risque d’être jetée en pâture à la Dévorante, Thot consigne le résultat de la pesée effectuée par Anubis.
3. Les origines de Thot.
Les origines de Thot apparaissent étranges et mystérieuses. Le dieu serait né de la tête de Seth –ce qui n’est pas sans rappeler Athéna naissant du crâne de Zeus-
qui aurait, par inadvertance, absorbé la semence d’Horus répandue par Isis sur des laitues.
Mais un texte d’Edfou évoque Thot comme résultant de l’union de Rê et d’une naine elle-même née d’un bouton de lotus.
Cette légende semble devoir être mise en rapport avec la lumière lunaire illuminant la nuit la plus sombre –Seth étant un symbole des ténèbres- telle
qu’elle apparaît dans les premiers jours de la lunaison, de même qu’avec tous les parcours symboliques de l’Egypte ancienne.
D’un point de vue historique, on distingue deux Thot.
L’un fut vénéré comme dieu de la Lune dans une région située dans le
15ème nome de Basse-Egypte. L’autre est associé à l’Horus de
Damanhour (ou Hermopolis Parva), où il était vénéré comme un dieu créateur et apparaissait déjà sous les traits d’un ibis.
4. La fusion de Kemenou.
La fusion de ces deux Thot distincts – le
« lunaire » et l’ « ibis » - s’est finalement opérée à Kemenou (ou Khmonou), ville de Haute-Egypte située près de l’actuelle Assiout que les Grecs baptisèrent ultérieurement, Hermopolis Magna, les Grecs ayant assimilé Thot,
comme nous l’avons dit, à Hermès Trismégiste, tout comme ils avaient assimilé Anubis à Hermès Psychopompe.
Thot fut choisi par le clergé de Kemenou-Hermopolis pour prendre la tête de l’Ogdoade, un étrange et par trop abstrait groupe de huit divinités comprenant quatre hommes à tête de grenouille et quatre femmes à tête de serpent : Amon et Amaunet, Heh
et Hehet, Kek et Keket, Noun et Naunet. Ajoutons que l’on ne connaît aucun culte dédié à
cette Ogdoade dont les huit divinités furent à l’origine du nom de Kemenou qui signifie
« Ville des Huit ».
Mais l’Ogdoade d’Hermopolis dérivait elle-même d’une autre combinaison, d’ailleurs pas
moins inhabituelle, de quatre babouins et d’une femelle de lièvre ! Le culte de ces
animaux survécut à la création de l’Ogdoade.
Thot, résultant de la fusion des Thot « lunaire » et « ibis » d’origine, devenu chef des huit divinités de l’Ogdoade, allait donc également prendre les traits d’un singe cynocéphale
(souvent coiffé du disque solaire) et apparaître alternativement sous cette forme ou sous celle de l’ibis (parfois également coiffé du disque solaire).
5. Thot, entre l’ibis et le singe.
Thot peut ainsi apparaître sous les traits d’un homme à tête
d’ibis ou de singe cynocéphale (babouin ou hamadryas) ou encore sous l’aspect d’un singe ou d’un ibis. Il est souvent représenté dans la scène célèbre
dite de la « Pesée de l’âme », déjà évoquée, muni de sa palette et
d’une tige de jonc mâchonnée servant de pinceau.
6. A savoir également.
5.1. C’est par sa magie que Thot sauva le petit Horus qui avait été piqué par un scorpion. C’est par cette même magie qu’il restitua à Horus et à Seth les organes
qu’ils avaient perdu durant leur combat.
5.2. Comptable du temps, Thot peut accorder la « vie éternelle » aux défunts. En outre, il accorda à Nout (=la Voûte céleste), après avoir été battu aux
dés par celle-ci, les cinq jours qui lui étaient nécessaires pour enfanter. C’est la raison, dit-on, pour laquelle le calendrier passa de 360 à 365 jours !
Eric TIMMERMANS.
Bruxelles, le 17 novembre 2009.
Sources :
-Dictionnaire de mythologie et de symbolique égyptienne, Robert-Jacques Thibaud, Dervy, 1996.
-Dictionnaire historique de l’Egypte, Pierre Norma, Maxi-Poche
Histoire, 2003.
-Dieux et déesses de l’ancienne Egypte, Bernard Van Rinsveld,
Musées Royaux d’Art et d’Histoire de Bruxelles, 1994.
-Encyclopédie de la mythologie, Sequoia, 1962.
-Encyclopédie des Symboles, Michel Cazenave, La Pochotèque, Livre de Poche, Librairie générale française, 1996, Edition 6.
-Grand dictionnaire des symboles et des mythes, Nadia Julien, Marabout, 1997.
-Petit dictionnaire des dieux égyptiens, Alain Blottière, Zulma, 2000.