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23 mars 2011 3 23 /03 /mars /2011 20:44

 

1. De l’art culinaire au symbole sacré...

 

Considérés comme impurs et interdits à la consommation dans certaines traditions religieuses sémitiques, le porcin occupe, au contraire, une place de choix dans la gastronomie européenne. Certes, j’apprécie aussi, comme la plupart d’entre nous, et ce en dépit de certaines superstitions religieuses et des récriminations végétariennes, la viande de porcin sous ses multiples formes : lard, boudin, pâté, jambon, saucisse, saucisson, côtes de porc. Rappelons-le : « dans le cochon, tout est bon ! » Mais je ne vais point vous proposer ici un texte consacré à l’art culinaire : restons dans le domaine qui est le nôtre sur ce blog, celui de la mythologie. Car, alors qu’en islam et dans le judaïsme, le porcin est considéré avec répugnance et dégoût, il apparaît, au contraire, indissociable de l’héritage le plus sacré et le plus ancien de l’univers indo-européen. Cela est particulièrement vrai pour la tradition celtique, comme nous allons le voir.

 

2. Le porcin dans la tradition celtique.

 

2.1. Un symbole guerrier.

 

Les porcins jouissaient d’un prestige particulier auprès des Celtes. On sait, par exemple, que des représentations du sanglier ornaient les enseignes guerrières, les casques et les boucliers des Celtes. Le pavillon de la trompette de guerre, la carnyx, avait généralement la forme d’une hure de sanglier. On sait aussi que depuis l’âge du bronze, les défenses de cet animal accompagnaient certains hauts personnages jusque dans leur sépulture. Dès le 4ème siècle avant l’ère chrétienne, le sanglier est, avec le cheval et les monstres, l’un des principaux sujets des fibules zoomorphes celtiques. On le figure également sur des pièces de monnaie appartenant à un grand nombre de peuples celtiques qui s’étendirent des îles britanniques aux Carpates. Des statuettes de sanglier sont connues dans la totalité du monde celtique, c’est d’ailleurs le seul quadrupède sauvage qui soit si souvent représenté. Mais, nous dira-t-on, s’agit-il de sangliers ou de porcs sauvages ? Il apparaît, en effet, que les Celtes élevaient une race de porcs hargneux, hauts sur pattes et couverts d’une crinière drue, dont certains, du fait de leur agressivité, étaient volontiers utilisés comme « chiens de garde ». Selon toute vraisemblance, les deux espèces (ou races), étaient connues et il ne fait aucun doute que le porcin, sanglier ou/et autre, était un symbole de la force guerrière mais sans pour autant être un symbole de la classe guerrière, c’est là une distinction importante. En outre, comme nous allons le voir, au-delà de leur symbolique guerrière, les porcins revêtaient une dimension particulièrement bénéfique dans la tradition celtique. Mais avant d’aborder ce point, examinons quelques exemples de porcins guerriers, tels qu’ils apparaissent dans l’épopée celtique irlandaise.

2.1.1. Porcins magiques et combattants de la tradition celtique d’Irlande.

 

2.1.1.1. Le sanglier de Ben Gulbain.

 

Dans le récit irlandais de Diarmaid et Grainné, qui n’est pas sans rappeler le célèbre Tristan et Yseult, un sanglier joue un rôle primordial. Diarmaid et Grainné sont poursuivis par Finn, l’époux de Grainné. Celui-ci sait que Diarmaid est impérativement tenu par un tabou : il ne peut entendre l’aboiement d’un chien en train de poursuivre un gibier, sans aussitôt se joindre à la chasse. Finn utilisera ce tabou pour attirer Diarmaid dans un piège : faisant mine de se réconcilier avec lui, il lui demandera de participer à la chasse au sanglier magique de Ben Gulbain. Diarmaid ne peut refuser l’offre de Finn, car un second tabou ne lui permet pas de refuser une demande de l’un de ses compagnons. Alors « la bête se réveilla de son sommeil et regarda dans la vallée, et elle vit la troupe des Fianna à l’est et à l’ouest, venant vers elle. Il s’irrita à la vue de ces guerriers, le sauvage sanglier du Sidh. Plus longue qu’une lance était sa défense. Plus aigu que la Gai Bolga était son croc. Diarmaid, fils d’O’Duibhné, jeta sa lance sur le sanglier ; l’arme se brisa contre un arbre après avoir percé le sanglier… Alors il tira sa vieille épée de son fourreau et la bête mourut de la main de Diarmaid. » Finn espérait, bien évidemment, que Diarmaid fut tué au cours de cette chasse. Voyant que son plan avait échoué, il demanda à Diarmaid d’aller mesurer le sanglier. Aussi, le héros retourna-t-il sur ses pas. « C’était un acte dangereux. Il mesura le sanglier, mais les soies rudes et venimeuses blessèrent le pied du guerrier cruel dans les combats. Alors il tomba sur le sentier, le fils d’O’Duibhné qui ne consentait jamais à la trahison, sur le sol, à côté du sanglier. » Bien qu’il en avait le pouvoir, Finn se garda bien de soigner Diarmaid qui, dès lors, mourut de sa blessure.

 

2.1.1.2. Le sanglier de Formael.

 

Dans le récit de La mort de Finn, ce dernier et les Fiana partent à la chasse dans les environs de la plaine de Femen. Mais durant trois jours, ils ne trouvèrent aucun gibier. Ils arrivèrent bientôt au pied de la tombe d’un certain Failbé Findmaisch, dont Finn révèlera qu’il fut tué lors d’une chasse au sanglier géant de Formael. Finn se mit à chanter un poème en l’honneur de Failbé et décida que, le lendemain, ses hommes et lui partiraient, eux aussi, chasser l’animal. Ils se mirent en quête de la bête et la trouvèrent bientôt. Le sanglier de Formael était de couleur particulièrement sombre et il inspirait la terreur. Hérissé, hardi et, pour tout dire, monstrueux, il n’avait pas d’oreilles, pas de queue, pas de testicules, mais ils possédaient, par contre, des défenses énormes et effroyables qui sortaient de sa grosse tête. Lorsqu’ils virent le sanglier, les Fiana se ruèrent sur lui, mais les meilleurs chasseurs succombèrent sous ses coups. C’est alors qu’Oscar, le petit-fils de Finn, se lança à son tour au combat avec une audace et un courage sans pareils. Il finit ainsi par tuer le sanglier géant. On enterra ensuite les victimes de la bête et Finn entonna un chant funèbre devant leurs tombes.

 

2.1.1.3. La truie Beo.

 

Beo est le nom d’une truie monstrueuse qui dévasta la province irlandaise de Munster. Bien que le forgeron Lochan lui avait clairement déconseillé de se porter à la rencontre de Beo, Finn décida de la pourchasser. Dès qu’elle le vit, Beo le chargea. Le chasseur parvint toutefois à la tuer à l’aide de sa lance. Il en ramena la tête au forgeron comme don nuptial pour sa fille.

 

2.1.2. Le porcin celtique diabolisé ?

 

Cette vision du porcin belliqueux et violent n’est qu’apparence : le porcin, et plus précisément, le sanglier, possède la connaissance, voilà pourquoi les rois et héros des textes légendaires celtiques les chassent et essaient de les capturer. Cette vision du porcin guerrier a peut-être facilité certaines diabolisations dans le contexte chrétien. Ainsi, dans la Vie armoricaine de saint Hervé, le nom d’un démon nommé Huccan est évoqué. En ancien breton, il signifie « Petit cochon ». Peut-être doit-on voir en lui une diabolisation chrétienne de l’antique dieu gaulois Lugos, que l’on retrouve, semble-t-il, sous des appellations proches dans diverses traditions celtiques : Lug ou Lugh (dont le père, Cian, prit un jour la forme d’un sanglier), en Irlande, Lleu, au Pays de Galles. De fait, le nom de Huccan doit vraisemblablement être rapproché de celui de Moccus, un aspect du Mercure celtique dont on a retrouvé la trace à Langres (Côte d’Or). Or, le dieu gaulois Lugos apparaît également, dit-on, comme un aspect du Mercure celtique. Huccan a laissé son nom à un rocher situé du côté de Brest : c’est là qu’il aurait été précipité dans la mer (Patrice Lajoye). Le nom de Huccan doit peut-être aussi être rapproché de celui de Huan, l’un des aspects du dieu gallois Lleu, déjà cité. En outre, même si, dans les légendes irlandaises, les mauvais esprits sont souvent représentés sous la forme de cochons, remarquons que dans les textes de la tradition irlandaise, même d’inspiration chrétienne, le porcin est toujours perçu d’une manière positive. En effet, il ne faut pas confondre puissance guerrière et activité maléfique. Ainsi, lorsque le twrch trwyth (irl. Triath roi) gallois s’oppose à Arthur, ce n’est pas par malfaisance, mais parce qu’il représente le Sacerdoce en lutte contre la royauté à une époque de décadence spirituelle. Il convient donc de comprendre que si le sanglier représente effectivement la combattivité et l’invincibilité, il ne symbolise pas pour autant la classe guerrière (symbolisée par l’ours), mais bien la classe sacerdotale (pouvoir spirituel).

 

2.2. Un symbole bénéfique de la classe sacerdotale.

 

2.2.1. Un symbole d’immortalité.

 

Les Celtes voyaient dans le sanglier le mangeur des glands du chêne sacré, cet animal, comme le druide, étant en rapport étroit avec la forêt. Quant à la laie, symboliquement entourée de ses neuf marcassins, elle fouit la terre au pied du pommier, symbole d’immortalité. Ainsi, Tuân Mac Cairill, témoin légendaire des diverses invasions mythiques de l’Irlande, se métamorphosa-t-il notamment en sanglier : « Or, j’étais sur le seuil de mon antre, le souvenir m’en est resté. Je sais que changea l’aspect de mon corps et je fus sanglier. Alors je fis des vers de cette merveille. Aujourd’hui, je suis sanglier, je suis roi, fort et victorieux. Mon chant et mes paroles étaient agréables autrefois dans les assemblées, plaisant aux jeunes et jolies femmes. Mon char était beau et majestueux, ma voix avait des sons graves et doux, j’étais rapides dans les combats, j’avais un visage charmant, aujourd’hui je suis un noir sanglier. »

 

2.2.2. Un animal sacrificiel.

 

Animal sacré donc, le porcin était également un animal sacrificiel : des porcs ont été sacrifiés aux divinités célestes et terrestres, dans le sanctuaire de Gournay-sur-Aronde ; on ne pouvait partir à la chasse au sanglier sans avoir consulté les puissances surnaturelles ; le sanglier constitue la nourriture sacrificielle de la fête de Samain (1er novembre), la fête la plus importante du calendrier celtique.

 

2.2.3. Le porcher-druide.

 

Le métier de porcher était particulièrement honorable chez les Celtes : un porcher était un druide, un haut fonctionnaire de la Cour et le gardien de la nourriture des dieux. On le voit notamment dans le récit irlandais dit des Deux Porchers qui, après maintes aventures et métamorphosent se retrouvent et s’affrontent sous la forme de deux taureaux, le Beau Cornu d’Ai et Brun de Cualngé, dans le récit de la Tain Bô Cualngé ou Razzia des vaches de Cooley, un des récits essentiels de la littérature épique irlandaise.

 

2.2.4. Le divin sanglier : l’animal-guide.

 

Le sanglier est le prolongement sur terre des dieux Lug/Lugos et Esus, il est également lié au Dagda. Triath, le roi des sangliers dans la tradition celtique d’Irlande, a pour maîtresse la déesse Brighid, un des visages de la Déesse Mère celtique ; c’est Triath qui, avec les bœufs Fea et Feimhean, configura le relief de l’Irlande. En Gaule, on trouve également le sanglier associé à plusieurs divinités. Ainsi, le nom du dieu Baesertis est assimilé à celui du sanglier (Baedd, en gallois) et un sanglier est gravé sur son autel (Gourdon, dans le Lot). Une dédicace à Bellicos (Donon, dans les Vosges) est accompagnée de le représentation d’un sanglier et d’un lion affrontés. Dans un sanctuaire de Candeleda (Vieille-Castille, Espagne), on a retrouvé vingt-et-une dédicaces à un dieu Vaelicos, ainsi qu’un sanglier funéraire. Les monuments du culte à Endovellicos montrent également un sanglier. Le porcin est l’animal-guide, celui qui mène l’homme vers l’espace sacré. De par sa complicité avec les êtres surnaturels, il côtoie, du point de vue celtique, les réalités et les secrets de l’Autre Monde. Le porcin et tout particulièrement le sanglier, est donc clairement, comme nous l’avons dit, un symbole de la classe sacerdotale.

 

2.2.5. Le porc nourricier.

 

Le porc sacré est également nourricier. Lorsque les Tuatha dé Danna, dieux de l’ancienne Irlande, furent vaincus par les Gaëls ou fils de Mile et durent rejoindre le monde souterrain de tertres, le dieu Mananann leur distribua du porc comme nourriture. Parmi les trois merveilles du Sidh du Dagda, on trouve un porc toujours vivant et un autre porc cuit dont les morceaux ne diminuent jamais lorsqu’on en mange. Le thème du porc magique, pièce centrale des festins, dont la viande est toujours cuite à point et ne diminue jamais, apparaît dans plusieurs récits mythiques. Pendant l’automne, on engraissait de grands troupeaux de porcins destinés à être égorgés au début de l’hiver, soit à l’occasion de la fête de Samain (1er novembre). En effet, à Samain, on consommait rituellement de la viande de porc, comme nous l’avons déjà souligné.

 

3. Le porcin dans d’autres traditions indo-européennes.

 

3.1. Dans la tradition gréco-latine.

 

On connaît l’image de la déesse Diane, emportée par un sanglier, avec laquelle on confondit la déesse gauloise Arduinna, mais on connaît également, dans la tradition hellénique, le sanglier de Calydon. Ce sanglier monstrueux fut envoyé par Aphrodite contre le roi Oenée (ou Oeneus) qui avait omis de sacrifier à la déesse. Le sanglier sema la mort et la dévastation dans tout le pays, jusqu’au jour où il fut tué par Atalante, qui lui porta le premier coup mortel, et Méléagre. Ce dernier donna la peau de la bête à la chasseresse Atalante, ce qui provoqua la jalousie et la fureur des autres chasseurs. Calydon était une ville d’Etolie, située sur l’Evenos, en Grèce. La chasse au sanglier de Calydon est représentée sur un cratère datant d’environ 570 avant l’ère chrétienne. En outre, une sculpture de Scopas (4e siècle avant l’ère chrétienne), reproduit la chasse sur la façade Est du temple d’Athéna, à Tégée.

 

3.2. Dans la tradition nordique.

 

Dans la tradition germano-nordique, on connaît un sanglier merveilleux du nom de Gullinborsti (=Soies d’Or ou Celui qui a des soies d’or). Loki ayant mis en doute leurs capacités de forgeron, les nains Brokk et Eitri décidèrent de forger ce sanglier magique et de le donner au dieu Freyr, dont il tire le char. Il prend alors le nom de Slidrugtanni (Boutoirs dangereux) et se révèle plus rapide qu’un cheval. Dans le culte traditionnel germano-nordique, on sacrifiait un verrat au dieu Freyr, à Jol, c’est-à-dire au Solstice d’Hiver, qui correspond au Noël des chrétiens. De jour comme de nuit, Gullinborsti, dont les soies brillantes permettent de voir dans l’obscurité comme en pleine lumière, peut évoluer dans les airs ou se déplacer sur l’eau.

 

 

 

3.3. Dans la tradition hindoue.

 

Le sanglier apparaît également dans la tradition hindoue, dont il importe de rappeler ici les racines également indo-européennes. Ainsi, le troisième avatar de Vishnu est-il le sanglier Varaha. Alors que la Terre (la déesse Bhumi) venait d’être repeuplée, le démon Hiranyâksha entrepris de la précipiter dans les profondeurs marines. Pour l’arracher aux entrailles de l’océan et la ramener à la surface, le dieu Vishnu prit la forme d’un sanglier nommé Varaha, dont les défenses étaient capables de remuer des montagnes de limon, et plongea dans l’océan. Vishnu-Varaha lutta contre Hiranyâksha mille années durant. Il parvint finalement à le vaincre, à ramener la Terre à la surface et à dissuader les autres démons d’oser encore se livrer à une telle entreprise à l’avenir.

 

Eric TIMMERMANS.©

Equinoxe de Printemps 2011.

 

 

Sources : Dictionnaire de mythologie germanique, Claude Lecouteux, Imago, 2005, p. 110 / Dictionnaire de mythologie et de symbolique Nordique et Germanique, Robert-Jacques Thibaud, Dervy, 1997, p. 192 /Dictionnaire de la mythologie grecque et romaine, Joël Schmidt, Larousse, 1965 / Encyclopédie de la mythologie, Sequoia, 1962 / Grand dictionnaire des symboles et des mythes, Nadia Julien, Marabout, 1997 / L’épopée celtique d’Irlande, Jean Markale, petite bibliothèque Payot, 1973, p. 144-145, 165-166 / Les Celtes – Histoire et Dictionnaire, Venceslas Kruta, Robert Laffont, p. 807-808 / Les dieux maudits, Jean Mabire, Copernic, 1978, p. 241).

 

 

23 mars 2011 3 23 /03 /mars /2011 20:23

 

 

1.Le point.

 

Durant seize mois, nous avons mis en ligne une centaine de textes présentant des dieux et des démons de différentes traditions mythologiques. Certains de nos lecteurs sont peut-être plus particulièrement intéressés par telle tradition mythologique ou par telle autre, à moins qu’ils ne soient plutôt à la recherche d’informations sur une divinité précise. Aussi, afin de leur permettre de se retrouver plus aisément dans les méandres de nos écrits, avons-nous élaboré deux index reprenant tous les personnages mythologiques mis en ligne par nos soins entre le 16 novembre 2009 et le 19 mars 2011, l’un par ordre alphabétique, l’autre par tradition mythologique. Vous les trouverez ci-dessous. A chaque nom de personnage est associée une date. Pour accéder au sujet, il suffit dès lors de se reporter au calendrier du blog et de cliquer sur la date qui y renvoie.

 

Et encore merci pour l’intérêt que vous portez à ce blog !

 

Eric Timmermans.

Equinoxe de Printemps 2011.

 

2. Par ordre alphabétique.

 

A :

 

*Abraxas – 26/11/09 * Acheloos – 2/03/11 * Adonis – 26/04/10 * Agni – 23/09/10 * Ah Puch – 6/07/10 * Ahriman – 18/03/11 * Aker – 19/03/11 - Amazones – 18/01/11 * Ammit – 18/03/11 * Amon – 9/02/10 * Anubis – 16/11/09 * Aphrodite – 1/07/10 * Apollon – 4/01/11 * Apophis – 8/04/10 * Arduinna – 21/01/11 * Arès – 30/11/10 * Artémis – 27/01/11 * Aryaman – 31/03/10 * Asclépios – 11/02/11 * Ashvin – 26/08/10 * Asmodée – 19/03/11 * Athéna – 05/02/11 * Athirne – 12/01/11 * Aton – 25/11/10.*

 

B :

 

*Bacab – 29/07/10 * Bacchus – 12/08/10 * Balor – 27/01/11 * Baphomet – 24/11/09 * Basilic – 7/12/09 * Bélénos – 16/07/10 * Bélial – 18/03/11 * Bès – 20/07/10 * Bricriu – 21/04/10 * Brighid – 3/02/10 *

 

C :

 

*Cabires – 20/07/10 * Calatin – 30/11/10 * Cathbad – 23/12/10 * Centaures – 5/04/10 * Cerbère – 15/04/10 * Cérès – 24/02/11 * Cernunnos – 23/08/10 * Cybèle – 14/01/10 *

 

D :

 

*Dagda – 9/09/10 * Daksha – 18/03/11 * Dana – 19/03/11 * Déméter – 1/07/10 * Diancecht – 29/03/10 * Diane – 6/09/10 * Dioscures – 30/09/10 * Durgâ – 18/03/2010 *

 

E :

 

*Ek Chuah – 14/09/10 * Empuse – 11/02/11 * Eole – 11/03/11 * Eôs – 4/03/11 * Epona – 5/02/10 * Erinyes & Furies – 9/03/11 * Esus – 18/11/10 *

 

F :

 

*Faunus – 11/02/10 * Fortuna – 18/02/11 *

 

G :

 

*Gaïa – 29/12/10 * Ganesh – 4/03/10 * Geryon – 19/11/10 * Grannos – 6/01/11 *

 

H :

 

*Hadès – 1/07/10 * Hanuman – 19/03/11 * Hathor – 5/08/10 * Heimdall – 19/02/10 * Hermès – 18/03/11 * Horus – 18/12/09 * Horus (Les quatre fils d’) – 22/12/09 *

 

I :

 

*Indra – 20/04/10 * Itzamna – 19/08/10 * Ixchel & Ixtab – 15/10/10 *

 

J :

 

*Janus – 11/01/11 *

 

K :

 

*Kâlî – 6/10/10 * Kelpie – 17/08/10 * Kukulcan – 12/04/10 *

 

L :

 

*Lakshmî – 24/11/10 * Lamies – 24/02/11 * Larves – 03/02/11 * Leborcham – 21/09/10 * Lémures – 16/02/11 - Loki – 17/03/10 * Lucifer – 18/03/11 * Lycanthrope – 12/07/10 *

 

M :

 

*Macha – 2/08/10 * Mandragore – 17/12/09 * Mars – 4/03/10 * Médée – 29/09/10 * Mercure – 22/09/10 * Mithra – 24/12/09 * Morrigane – 7/10/10 *

 

N :

 

*Nuada-Nodens – 31/08/10 *

 

O :

 

*Oghma-Ogmios – 9/12/09 * Orphée – 27/07/10 *

 

P :

 

*Pan – 11/10/10 * Pazuzu - 02/04/10 * Perséphone – 30/06/10 * Ptah - 26/03/10 *

 

R :

 

*Râvana – 10/08/10 *

 

S :

 

*Samaël – 19/03/11 * Sarasvatî – 16/02/10 * Sérapis – 22/03/10 * Seth – 27/01/10 * Shiva – 23/10/10 (texte en 2 parties) * Smertrios – 18/03/11

 

T :

 

*Thot – 20/11/09 *

 

V :

 

*Varuna – 16.12.10 * Viracocha – 2/09/10 * Vritra – 8/07/10 *

 

3. Par tradition.

 

Tradition celtique.

 

*Arduinna – 21/01/11 * Athirne -12/01/11 * Balor – 27/01/11 * Bélénos – 16/07/10 * Bricriu – 21/04/10 * Brighid – 3/02/10 * Calatin – 30/11/10 * Cathbad – 23/12/10 * Cernunnos – 23/08/10 * Dagda – 9/09/10 * Dana – 19/03/11 * Diancecht – 29/03/10 * Epona – 5/02/10 * Esus – 18/11/10 * Grannos – 6/01/11 * Leborcham – 21/09/10 * Macha - 2/08/10 * Morrigane – 7/10/10 * Nuada-Nodens – 31/08/10 * Oghma-Ogmios – 9/12/09 * Smertrios – 18/03/11

 

Tradition gréco-latine.

 

*Acheloos – 2/03/11 * Adonis – 26/04/10 * Amazones – 18/01/11 * Aphrodite 1/07/10 * Apollon – 4/01/11 * Arès – 30/11/10 * Artémis – 27/01/11 * Asclépios – 11/02/11 * Athéna – 05/02/11 * Bacchus – 12/08/10 * Cabires- 20/07/10 * Centaures – 5/04/10 * Cerbère – 15/04/10 * Cérès – 24/02/11 * Cybèle – 14/01/10 * Déméter – 1/07/10 * Diane – 6/09/10 * Dioscures – 30/09/10 * Empuse – 11/02/11 * Eole – 11/03/11 * Eôs – 4/03/11 * Epona – 5/02/10 * Erinyes et Furies – 9/03/11 * Faunus – 11/02/10 * Fortuna – 18/02/11 * Gaïa – 29/12/10 * Géryon – 19/11/10 * Hadès – 1/07/10 * Hermès – 18/03/11 * Janus – 11/01/11 * Lamies – 24/02/11 * Larves – 03/02/11 * Lémures – 16/02/11 * Lucifer – 18/03/11 * Mars – 4/03/10 * Médée – 29/09/10 * Mercure – 22/09/10 * Mithra – 24/12/09 * Orphée - 27/07/10 * Pan – 11/10/10 * Perséphone – 30/06/10 * Sérapis – 22/03/10 *

 

Tradition germano-nordique.

 

* Heimdall – 19/02/10 * Loki – 17/03/10 *

 

Tradition de l’Inde hindouiste.

 

*Agni – 23/09/10 * Aryaman – 31/03/10 * Ashvin – 26/08/10 * Daksha – 18/03/11 * Durgâ – 18/03/10 * Ganesh – 4/03/10 * Hanuman – 19/03/11 * Indra – 20/04/10 * Kâlî – 6/10/10 * Lakshmî – 24/11/10 * Mithra – 24/12/09 * Râvana – 10/08/10 * Sarasvatî – 16/02/10 * Shiva – 23/10/10 (texte en 2 parties) * Varuna – 16/12/10 * Vritra – 8/07/10 *

 

Démonologie biblique et folklore d’Occident.

 

*Abraxas – 26/11/09 * Asmodée – 19/03/11 * Baphomet – 24/11/09 * Bélial – 18/03/11 * Basilic – 7/12/09 * Kelpie – 17/08/10 * Lucifer – 18/03/11 * Lycanthrope – 12/07/10 * Mandragore – 17/12/09 * Samaël – 19/03/11 *

 

Tradition égyptienne.

 

* Aker – 19/03/11 * Ammit – 18/03/11 * Amon – 9/02/10 * Anubis – 16/11/09 * Apophis – 8/04/10 * Aton – 25/11/10 * Bès – 20/07/10 * Hathor – 5/08/10 * Horus – 18/12/09 * Horus (Les quatre fils d’) – 22/12/09 * Ptah – 26/03/10 * Sérapis – 22/03/10 * Seth – 27/01/10 * Thot – 20/11/09 *

 

Traditions proche-orientales et perse.

 

*Adonis (Phénicie) – 26/04/10 * Ahriman – 18/03/11 * Cybèle (Phrygie) – 14/01/10 * Mithra (Perse) – 24/12/09 * Pazuzu (Sumer) – 02/04/10 *

 

Traditions précolombiennes.

 

*Ah Puch (Maya) – 6/07/10 * Bacab (Maya) – 29/07/10 * Ek Chuah (Maya) – 14/09/10 * Itzamna (Maya) – 19/08/10 * Ixchel et Ixtab (Maya) – 15/10/10 * Kukulcan (Maya) – 12/04/10 * Viracocha (Inca) – 2/09/10 *

23 mars 2011 3 23 /03 /mars /2011 20:16

 

 

Voilà seize mois que mon ami, Claude Grivegnée, et moi-même, nous sommes lancés dans l’aventure de la « Grange du Cherchant ». Claude a pris en charge l’aspect technique, soit la mise en ligne, l’organisation et l’illustration de ce blog. Quant à moi, j’ai réalisé l’essentiel la partie épistolaire. Ce travail d’équipe a permis de vous livrer une centaine de textes mythologiques tirés d’un dictionnaire auquel je m’étais attelé il y a bien des années, mais dont j’avais sous-estimé le caractère réellement pharaonique. Toutefois, avoir tant travaillé et ne pas partager au moins une partie de mes écrits, voilà qui me semblait bien dommage. Mais un jour, Claude me parla de son projet de blog et, aussitôt, je lui proposai d’en assurer l’alimentation mythologique et légendaire. Ainsi naquit la « Grange du Cherchant » et ainsi fut-elle animée jusqu’à ce jour.

 

Les textes ne manquent pas, certes non ! Le temps, par contre, a tendance à faire défaut à des gens qui, comme Claude et moi, sont intéressés par de multiples sujets auxquels, des journées de 24 heures et des années de 365 jours, ne permettent pas de consacrer tout le temps qu’ils voudraient. L’obligation de faire des choix, par manque de temps et excès de curiosité –mais la curiosité est-elle jamais excessive ?- , n’est-ce pas justement là, le lot du « cherchant » ? Nous le pensons et voilà pourquoi nous avons décidé de clôturer le blog de la « Grange du Cherchant » pour une durée indéterminée. Le blog, toutefois, restera lisible et les textes qui ont été mis en ligne pourront donc continuer à être consultés.

 

Mais nous ne voulions pas partir comme ça, furtivement, brusquement, sans vous avoir auparavant honoré, vous, nos lecteurs toujours plus nombreux, par une ultime salve de textes mis en ligne ces 18 et 19 mars 2011. Nous avons également voulu vous fournir un double index, par ordre alphabétique et par tradition, qui vous permettra de mieux vous retrouver dans la jungle de nos écrits.

 

Et là, le temps de vous livrer les index promis et de prendre place dans le char tiré par le sanglier magique Slidugtranni, ultime clin d’œil à nos traditions les plus anciennes, celtiques et indo-européennes, et nous voilà repartis, Claude et moi, sur les voies ô combien multiples d’une Quête sans fin !

 

Encore merci pour l’intérêt que vous avez apporté à nos travaux et pour votre fidélité ! Et à bientôt, si Dieu le veut, dirait Claude, si les Dieux (ou la Vie) le veulent, dirais-je pour ma part !

 

 

Eric TIMMERMANS.©

Equinoxe de Printemps 2011.

 

 

 

 

 

 

19 mars 2011 6 19 /03 /mars /2011 10:28

 

 

 

1. Hanuman, le fils du Vent.

 

On nomme Hanuman : « Qui a de puissantes mâchoires », « Grand Héros » (=Mahâvîrâ), « Sanctifié, Purifié » (=Pâvana) ou encore « Fils du Vent » (=Mâruti). Le dieu singe Hanuman est le fils de la reine des singes Anjanâ et de Vayu, le dieu du vent. Cest cette parenté avec le dieu de vent qui lui permet de se déplacer dans les airs. Hanuman, qui incarne la force, le courage, l’humilité, la droiture, l’espoir, l’intelligence et la dévotion, possède aussi le pouvoir de changer de taille et d’allonger sa queue pour saisir ses ennemis. Il peut également peser très lourd ou, au contraire, se faire plus léger qu’une plume. En outre, Le dieu singe maîtrise parfaitement les Ecritures Sacrées.

 

2. Hanuman, le fidèle de Rama.

 

Hanuman est le « serviteur idéal » du Seigneur Râma, avatar de Vishnu. Il est issu du peuple des singes. Son agilité, sa force physique, sa science et sa fidélité envers Rama, avatar de Vishnu, sont légendaires. Dans le Ramayana, Hanuman, ministre de Sugriva, apparaît comme le commandant de larmée des singes. Avec Râma et Sugriva, Hanuman déposera le roi des singes usurpateur, Valin, puis aidera Râma à délivrer son épouse Sita retenue prisonnière par le roi des démons Râvana. Hanuman est immortel et est doté dune force immense. Il est dit, par exemple, quil aurait bondi en un seul saut de lHimalaya sur lîle de Lanka, fief de Ravana. Arrivé dans lîle, il remit à Sita, retenue prisonnière, lanneau que lui avait confié Râma, ce présent annonçant larrivée prochaine de son époux. De fait, Râma et larmée des singes, de même quune armée dours, ayant construit un immense pont, envahirent lîle et attaquèrent Râvana, tandis quHanuman, à l’aide de sa queue enflammée par le démon, mettait le feu à la capitale de ce dernier. Lorsque Lakshmana, le frère de Rama, fut grièvement blessé, cest Hanuman qui, envoyé par le médecin royal, partît en quête de lherbe médicinale indispensable à sa guérison. Mais, ne parvenant pas à la reconnaître, Hanuman rapporta, en volant, la colline tout entière jusquau champ de bataille! Après la victoire contre Râvana, Râma accorda à Hanuman le droit de vivre aussi longtemps que ses hauts faits resteraient vivaces dans la mémoire des hommes, ce qui équivaut à limmortalité, la mémoire de Râma étant elle-même immortelle.

 

3. Visualisation.

 

On représente Hanuman comme un singe robuste dont la poitrine est ornée du tatouage de Sita et de Rama en signe de dévotion envers cet avatar de Vishnu auquel Hanuman est totalement dévoué. Son visage est large et rouge, et sa queue est immense. La massue dor que lon trouve à ses côtés et que lui seul peut porter est le symbole de ses nombreuses qualités.

 

Eric TIMMERMANS. ©

Bruxelles, le 16 mars 2011.

 

Sources : Grand dictionnaire des mythes et des symboles, Nadia Julien, Marabout, 1997.

 

19 mars 2011 6 19 /03 /mars /2011 10:20

 

 

                                        

 

1. Asmodée : étymologie.

 

Asmodée est la forme grecque du nom dun démon biblique provenant soit du perse azmuden (=tenter), soit de lhébreu schâmad (=perdre ou destructeur). Lorigine perse semble la plus probable. Ainsi, dans le livre de lAvesta Aêshmô-daêva, Aêshmadaêva ou encore Aeshma =la Fureur : Le Dieu du Mal, p. 16) apparaît bien comme lun des démons du parsisme. Cest un esprit démoniaque qui, pour les Perses, personnifiait la Colère, la Fureur. Il est dit dailleurs que les Daêva (démons) décidèrent de sunir à Aêshma pour corrompre par elle lexistence des hommes. En hébreu, on le nomme Asmodaï, Asmoday ou Ashmedaï, ce qui signifie « Celui qui fait périr ». Cela fait référence à lhistoire dAsmodée telle quelle nous lest présentée dans le Livre de Tobie.

 

2. Asmodée dans le Livre de Tobie.

 

Sarah (ou Sarra), une fille de Raguel (ou Ragouël), vivait à Ecbatane, une ville des Mèdes et elle avait été mariée successivement à sept maris qui tous avaient trouvé la mort. Aussi laccusa-t-on bientôt dêtre elle-même responsable de leur mort.

 

En vérité, les maris de Sarah avaient été tués par le démon Asmodée (Tobie 3 : 8).

 

Crampon : « Car elle avait été successivement donnée en mariage à sept maris, et un démon, nommé Asmodée, les avait fait mourir aussitôt quils étaient venus auprès delle. »

 

Jérusalem : « Il faut savoir quelle avait été donnée sept fois en mariage, et quAsmodée, le pire des démons, avait tué ses maris lun après lautre, avant quils se soient unis à elle comme de bons époux. Et la servante de dire : « Oui, cest toi qui tues tes maris ! En voilà déjà sept à qui tu as été donnée, et tu nas pas eu de chance une seule fois ! »

 

Larchange Rafaël fut donc envoyé pour délivrer Sarah du terrible démon (Tobie 3 : 17 ou 24-25) et pour lui permettre de se marier à Tobie, fils de Tobit. Tobie expulsa finalement le démon en lobligeant à respirer la fumée des entrailles brûlées dun poisson.

 

Crampon (3 : 24-25) : « Ces deux supplications furent exaucées en même temps devant la gloire du Dieu souverain ; et le saint ange du Seigneur, Raphaël, fut envoyé pour guérir Tobie et Sara, dont les prières avaient été prononcées en même temps en présence du Seigneur. »  

 

Jérusalem (3 : 17) : « Et Raphaël fut envoyé pour les guérir tous les deux. Il devait enlever les taches blanches des yeux de Tobit, pour quil voie de ses yeux la lumière de Dieu ; et il devait donner Sarra, fille de Ragouël, en épouse à Tobie, fils de Tobit, et la dégager dAsmodée, le pire des démons. Car cest à Tobie quelle revenait de droit, avant tous les autres prétendants. A ce moment-là, Tobit rentrait de la cour dans la maison ; et Sarra, fille de Ragouël, de son côté, était en train de descendre de la chambre. »

 

Tobie expulsa finalement le démon en lobligeant à respirer la fumée des entrailles brûlées dun poisson. Ce moyen pour chasser le démon fut donné par Rafaël à Tobie dans les versets qui évoquent la halte au bord du Tigre et la capture dun poisson qui avait tenté de dévorer Tobie ou, à tout le moins, davaler son pied (Tobie 6 : 8-9).

 

Crampon : « Lange lui répondit : « Si tu poses sur des charbons une petite partie du cœur, la fumée qui sen exhale chasse toute espèce de démons, soit dun homme, soit dune femme, en sorte quils ne peuvent plus sen approcher. Et le fiel sert à oindre les yeux couverts dune taie, et il les guérit. »

 

Jérusalem : « Il répondit : « On brûle le cœur et le foie du poisson, et leur fumée semploie dans le cas dun homme ou dune femme, que tourmente un démon ou un esprit malin : toute espèce de malaise disparaît définitivement sans laisser aucune trace. Quant au fiel, il sert donguent pour les yeux, quand on a des taches blanches sur lœil : il ny a plus quà souffler sur les taches pour les guérir. »

 

Asmodée senfuit alors en Egypte par les airs où Rafaël le poursuivit avant de lenchaîner dans le désert de la Haute-Egypte (Tobie 8 : 2-3).

 

Tobie 8 : 2-3 :

 

-Crampon : « Tobie, se ressouvenant des paroles de lange, tira de son sac une partie du foie et la posa sur des charbons ardents. Alors lange Raphaël saisit le démon et lenchaîna dans le désert de la Haute-Egypte. »

 

-Jérusalem : « Tobie se souvint des conseils de Raphaël, il prit son sac, il en tira le cœur et le foie du poisson, et il en mit sur les braises de lencens. Lodeur du poisson incommoda le démon, qui senfuit par les airs jusquen Egypte. Raphaël ly poursuivit, lentrava et le garrotta sur-le-champ. »

 

Ce récit a inspiré à Rembrandt lœuvre intitulée LAnge Raphaël quittant Tobit et sa famille (exposé au Louvre) et dans le Paradis perdu, John Milton fait également référence à cette légende biblique qui met en scène lange Raphaël apprenant à Tobie le moyen de chasser Asmodée : « Il en était plus satisfait que ne le fut Asmodée de la fumée du poisson qui le chassa, quoique amoureux, dauprès de lépouse du fils de Tobie ; la vengeance le força de fuir de la Médie jusquen Egypte, où il fut fortement enchaîné. » (IV, 168-171).  

 

3. Asmodée dans la tradition hébraïque.

 

3.1. La tradition hébraïque considère le plus souvent quAsmodée-Ashmedaï « est le fils de Naamah, la sœur de Tubal-Caïn, mais certains pensent quil est le fils du roi David et dAgrath, la reine des démons. » (La kabbale, G. Scholem, p.492).

 

3.2. On dit également que si Lilith la Vieille est lépouse de Samaël, Lilith la Jeune, elle, serait lépouse dAshmedaï.

 

3.3. Lon dit aussi quAsmodée serait lun des sept démons Shedim engendrés par lunion dAdam et Lilith.

 

3.4. Asmodée-Ashmedaï, qui est également considéré selon certaines sources comme lange gardien dIshmael, apparaît dans la Kabbale juive sous les traits dun « roi des démons ». Il est même précisé que les démons qui sont sous la domination dAshmedaï et qui sont dailleurs susceptibles daider les hommes et de leur accorder des faveurs, « reconnaissent la Torah et sont considérés comme des « démons juifs » (La kabbale, G. Sholem, p.490) Ainsi faut-il croire quAsmodée-Ashmodaï est parvenu à se libérer des chaînes dont larchange Rafaël avait usé pour lemprisonner en Egypte, vu quune tradition hébraïque considère que ce « roi des démons » mourut en martyr avec les juifs de Mayence, en 1096 ! Une autre thèse kabbaliste considère « quAshmedaï est simplement le titre de la fonction du roi des démons, exactement comme Pharaon est le titre de la fonction du roi dEgypte, et numériquement équivalent à Pharaon. » (La kabbale, G. Scholem, p.490).  

 

3.5. Dans un texte rabbinique nommé le Testament de Salomon, Asmodée apparaît comme un ennemi de lunion conjugale.

 

3.6. On dit aussi quAsmodée parvînt à détrôner le roi Salomon lui-même, mais que ce dernier, grand magicien, finit par le vaincre et à lobliger à bâtir le temple de Jérusalem sans utiliser un seul instrument métallique.

 

3.7. On voit encore en Asmodée un Ange de la destruction.

 

3.8. Asmodée serait aussi lantique serpent qui séduisit Eve dans le jardin dEden.

 

3.9. Asmodée est parfois confondu avec Samaël et apparaît, dans les croyances populaires, comme un démon de la luxure, cruel et débauché.

 

4. Asmodée dans la démonologie chrétienne et visualisation.

 

4.1. Dans le Tractatus de confessionibus maleficorum et sagarum, Peter Binsfeld (1540-1603), évêque suffragant de Trèves, prétend quà chaque péché capital correspond un démon particulier. A la Luxure correspond Asmodée. Il sème donc lerreur et la dissipation, le trouble dans les ménages et, jaloux des jeunes filles, il met tout en œuvre pour faire échouer leur mariage, ainsi quil le fit, comme nous lavons vu, avec Sarah. Les théologiens chrétiens  opposent à neuf ordres danges, neuf ordres de démons. Ils désignent Asmodée comme le chef de lOrdre des Vengeurs des crimes.

 

4.2. Dans sa Pseudomonarchia daemonum, Jean Wier le décrit comme un roi puissant doté de trois têtes : la première ressemble à celle dun taureau, la seconde à celle dun homme et la troisième à celle dun bélier. Il est doté dune queue de serpent et de pieds doie. Son haleine est enflammée. Il chevauche un dragon et porte dans ses mains un étendard et une lance. Cest vraisemblablement de cette description haute en couleur que lon sest inspiré pour représenter Asmodée dans la version illustrée du Dictionnaire infernal (1863) de Collin de Plancy.

 

4.3. On dit quAsmodée, que lon considère comme le surintendant des maisons de jeu de lEnfer, commande à 72 (ou 40) légions de démons. Il est dit, à ce sujet, que des noms ont été donnés aux chefs des armées (ou légions) des démons mais non aux membres de celles-ci, voilà pourquoi on ne parlera que d « Asmodée et ses armées », par exemple, sans mention des innombrables démons placés sous son commandement. On dit aussi dAsmodée quil enseigne aux hommes la manière de se rendre invisibles, de même quil leur apprend la géométrie, larithmétique, lastronomie et les arts mécaniques.

 

4.4. Au 17ème siècle, dans le contexte de laffaire Gaufridy, affaire de possession diabolique au moins aussi célèbre que celle de Loudun, Asmodée apparaît comme lun des 6.666 démons ( !) qui possèdent Madeleine Bavent. Lon soumit aussi Louis Gaufridy à lépreuve de la recherche des marques diaboliques. Les zélés inquisiteurs ne tardèrent évidemment pas à en trouver autour des parties génitales dudit Gaufridy et den attribuer lorigine à Asmodée lui-même, démon qui apparaissait, dans cette énième affaire de cruelle supercherie religieuse, comme étant du plus haut rang

 

4.5. En outre, à la même époque, nous retrouvons Asmodée dans laffaire des religieuses possédées de Loudun (1632-1634) Sous le nom dAsmodée des Trônes, le démon possède, avec huit comparses également démoniaques, la Supérieure du Couvent des Ursulines, sœur Jeanne des Anges, alias Jeanne de Belciel qui, dans sa confession, dit notamment dAsmodée que « ce malheureux esprit se présentait à moi en des formes horribles, et, comme il voyait que je ny prenais pas plaisir par le secours de la grâce, il me battait avec une telle violence que souvent jen étais toute meurtrie. » Mais Asmodée fut finalement exorcisé le 8 octobre 1632. Dans la même affaire, on voit Asmodée intervenir dans le cas de possession de sœur Agnès. Le démon occupait, dit-on, une place sous le cœur de cette religieuse. Son signe de sortie fut ordonné par lexorciste car le démon refusait de signer sa sortie, à savoir, dessiner une fleur de Lys sur la main gauche de la religieuse. On prétendit même avoir retrouvé une lettre dAsmodée signant ladite sortie !

 

4.6. A la Bibliothèque nationale de Paris est conservé un manuscrit, daté de 1729, qui nest autre quun pacte signé par l « Archidiable Asmodée » lui-même ! (LAnge déchu, Centini, p. 127).

 

4.7. Avec Astaroth, Asmodée sera invoqué au cours d’une messe noire, menée pour le compte de la marquise de Montespan par l’abbé Guibourg, qui qualifiera ces deux démons de « princes de l’amitié » et qui leur sacrifiera un enfant, afin que ladite marquise de Montespan soit la seule bénéficiaire des attentions du roi Louis XIV.

 

4.8. Ajoutons que le nom dAsmodée est repris dans la liste des démons établie par lEglise au canon 7 du Concile de Braga (560-563).

 

 

Eric TIMMERMANS©

Bruxelles, le 16 mars 2011.

 

 

Sources : Bible de Jérusalem, Cerf, 1998 / Bible du chanoine Crampon, Société de Saint Jean lEvangéliste, 1939 / Dictionnaire du Diable, Roland Villeneuve, Omnibus, 1998 / Dictionnaire du diable, des démons et sorciers, Pierre Ripert, Maxi-Poche Références, 2003 / Dictionnaire encyclopédique de la Bible, Pierre Norma, Maxi-Poche Références, 2001 / La kabbale, Gershom Scholem, Cerf, 1998 / LAnge déchu, M. Centini, Editions de Vecchi, 2004 / Le Dieu du Mal, Hervé Rousseau, PUF, 1963 / Le Paradis perdu, John Milton, NRF-Gallimard, 2007 / Le Prince de ce monde, Nahema-Nephtys et Anubis, Editions Savoir pour Être, 1993 / Les Diables de Loudun, Aldous Huxley, Plon, 1979 / Livres des superstitions (mythes, croyances et légendes), Eloïse Mozzani, Robert Laffont, Coll. « Bouquins », 1995.

 

 

19 mars 2011 6 19 /03 /mars /2011 10:18

 

 

                                

 

 

 

Le nom de Samaël (ou Sammane, Samuel, Semiel, Simyael, Smaël), qui doit être rapproché du mot hébreu sami qui signifie « aveugle », apparaît pour la première fois dans le récit de la chute des anges du Livre dHénoch. On lui donne ainsi les noms de Mara Samia (=archon aveugle) ou encore de Sar Suma (=ange aveugle).

 

Selon les textes, il apparaît ou non comme le chef des principaux anges qui se rebellèrent contre Dieu. Samaël est cité comme le Prince des anges déchus par Moïse Maïmonide dans la seconde partie du Guide des égarés et comme le chef des démons dans le Testament de Salomon. Il est dit ainsi « que les démons relèvent du domaine de Samael, qui est « lâme de la planète Mars et dont Esaü est lexpression parmi les nations » (lange dEdom ou le christianisme). » (La kabbale, G. Scholem, p.488). De source espagnole, datant du 15e siècle, « les chefs des démons étaient Samaël, le représentant dEdom, et son assistant Ammon de No, représentant dIshmael. » (La kabbale, G. Scholem, p.583).

 

Il est dit également que différentes catégories de démons étaient appelées « samaël », raison pour laquelle le Zohar précise que Samaël et « samaël » ne doivent pas être confondus et que si ces démons sont désignés par un même nom, ils ne sont guère les mêmes pour autant.

 

Toutes les sources concordent, cependant, pour rattacher les armées de démons au règne de Samaël et de Lilith, sa compagne, même si « certains systèmes issus de la kabbale espagnole mettent trois rois, Halama, Samael et Kafkafuni, à la tête des démons. » (Le kabbale, G. Scholem, p.492).

 

Dans certains textes rabbiniques, Samaël est parfois confondu avec Bélial ou Asmodée : ne dit-on pas aussi que si Samaël est lépoux de Lilith la Vieille, Asmodée, lui, a pour épouse Lilith la Jeune ou encore que le bouc émissaire, sacrifié à Asmodée, sert également de paiement à Samaël ? Ceci dit, Samaël et Asmodée, qui apparaît comme lange gardien dIshmael, sont également présentés, selon des traditions contradictoires, comme étant en guerre. Samaël est aussi considéré comme lAnge de la Mort, celui qui apporte le « poison de la mort » dans le monde.

 

Samaël est également assimilé à Satan dont il apparaît comme léquivalent kabbalistique même si certains textes distinguent Satan de Samaël qui se voit associé à limage dun « ange gardien de Rome » : « Lange Samaël, prince de Rome, est aussi connu comme le plus grand des princes des nations () sans doute à cause de la domination de Rome sur le monde ancien. » (Livre dHénoch, Verdier, p.252)-, et cest monté sur un serpent de la taille dun chameau le rapport du Père de lEglise Irénée, mentionne par ailleurs que les ophites donnaient au Serpent le double nom de Michael et Samael- quil sen vient séduire Eve dans le jardin dEden. Ainsi est-il dit que Samaël aurait cohabité avec Eve bien avant Adam et que de leur union seraient nés Caïn et bien dautres démons.

 

Dans le Livre dHénoch III (chap. 26, 12), il est dit que Samaël, le prince de Rome, de même que Doubiel, le prince de Perse, siège au côté de Satan qui chaque jour tente de dénoncer, auprès de Dieu, les iniquités dIsraël, en inscrivant celles-ci sur des registres qui sont systématiquement détruits par les séraphins, ceux-ci voulant préserver Israël du courroux divin. Pour avoir accusé Israël, Samaël, Satan et Doubiel seront précipités dans la Géhenne le jour du jugement.

 

En tant que prince angélique de Rome, considérée à lépoque impériale comme la plus puissante nation, Samaël est placé en tête de tous les princes des royaumes. La politique romaine en Palestine, perçue comme une oppression par le peuple juif, que la tradition judaïque proclame « peuple élu  de Dieu», a fait que lon a conféré à Samaël le titre de « prince des accusateurs » (ces derniers incarnant lensemble des anges nationaux), un rôle habituellement dévolu à Satan

 

Au Traité des palais, dans le Zohar, qui ne voit dans les entités démoniaques que des catégories impersonnelles, à lexception des représentations de Samaël et de sa compagne Lilith, il est dit que Samaël et le serpent, véhicule du péché, furent précipités dans les abîmes dans la « troisième résidence », sur les sept dont il est fait mention dans cet ouvrage. « Cest le lieu des embrasements et des nuages de fumée où débouche le fleuve de feu qui sécoule et émerge. Il est la maison où sont brûlées les âmes des ignobles car le feu y descend sur la tête des pervers que pourchassent les anges destructeurs. Cest dans ce lieu aussi que parfois se trouvent les délateurs dIsraël qui les détournent de la bonne voie, sauf quand ceux-ci obtiennent la guérison qui leur permet de les repousser. Le chef qui est à leur tête vient du côté gauche. Tous les êtres qui peuplent cette résidence viennent du domaine obscur, ce quexprime : « Lobscurité est sur la face de lAbîme » (Genèse 1 : 2) [ndr : ou encore « les ténèbres couvraient labîme »]. Samaël le réprouvé y demeure aussi. »

 

Il est dit aussi que Samaël, être androgyne apparaissant successivement dans les rôles dincube et de succube, aurait forniqué avec Adam. De source talmudique, on dit encore que Lilith refusa de se soumettre à Adam et quelle épousa Samaël avec lequel elle alla vivre dans la Géhenne. « Dans le Zohar, le serpent est devenu le symbole de Lilith et Samael la chevauche et saccouple à elle. » (La kabbale, G. Scholem, p.583). Il est dit aussi parfois que Samaël a deux épouses : Lilith et Nahema.

 

Avant sa chute, Samaël possédait douze ailes et sa place était supérieure à celle des saintes créatures des cieux. Son combat contre Michael, lange gardien dIsraël, doit se poursuivre jusquà la fin des temps et ne prendra fin que lorsque Samaël sera pendu au-dessus dIsraël par des fers.

 

Mais selon certaines traditions kabbalistiques, il est vrai contestées, Samaël lui-même se repentira finalement et sera transformé en ange de sainteté. « Une formulation symbolique importante du futur retour de Samael à la sainteté, particulièrement répandue à partir du XVIIe siècle, fut lopinion selon laquelle son nom serait changé, la lettre mem, signifiant mort (mavet), tombant pour laisser Sael, un des soixante-douze Noms saints de Dieu. » (La kabbale, G. Scholem, p.219) Le repentir de Samaël doit aboutir, selon ces thèses, à la disparition de l « autre côté », le sitra ahra, le « côté gauche » cest-à-dire le royaume des forces du mal dont les dix Sefirot du mal correspondent aux dix Sefirot saintes.

 

Samael est aussi parfois identifié à Jaldabaoth, un des maîtres des forces du mal chez les gnostiques.

 

Cest aussi Samaël qui, dit-on, se cacha dans le célèbre Veau dOr.

 

Ange de la planète Mars, Samaël apparaît également, dans les traditions populaires, comme lange responsable du mardi, jour de Mars.

 

Eric TIMMERMANS.

Bruxelles, le 16 mars 2011.

 

Sources : Bible de Jérusalem, Cerf, 1998 / Bible du chanoine Crampon, Société de Saint Jean lEvangéliste, 1939 / Dictionnaire du Diable, Roland Villeneuve, Omnibus, 1998 / Dictionnaire du diable, des démons et sorciers, Pierre Ripert, Maxi-Poche Références, 2003 / La kabbale, Gershom Scholem, Cerf, 1998 / Le Livre dHénoch (ou Livre des Palais), Verdier, 1989 (p.126, 236, 284).

 

19 mars 2011 6 19 /03 /mars /2011 10:10

                               

 

 

1. Dana, Déesse-Mère de lIrlande.

 

Dana (=Rapide, en gaélique) est lun des noms de la Grande Déesse irlandaise. Il faut vraisemblablement rapprocher ce nom de ceux du Danube et du Don, par exemple, de même que de la Dane, dans le Cheshire. Ceci dit, on rapproche également ce dernier nom de celui de la déesse gauloise Damona. A linstar de la déesse Brighid, Dana (ou Danu, Ana, Anu) est un des visages de la Déesse-Mère universelle, fécondatrice, génératrice et nourricière. Le culte de la Déesse-Mère est, sans doute, dans nos régions, antérieur à larrivée des peuples indo-européens, parmi lesquels on compte les Celtes. La Grande Déesse, que lon dit Mère, Fille et Epouse des dieux, correspondrait ainsi à danciennes figures matriarcales. Les divinités de lIrlande ancienne sont appelées Tuatha dé Danann, soit le clan (peuple, tribu, les gens) de la déesse Dana. De fait, Dana est la Mère mythique de ces dieux qui régnèrent sur lIrlande. En Celtie insulaire, la Déesse-Mère incarne non-seulement la Fertilité, mais aussi la Souveraineté. A ce titre, le roi celte se liait solennellement à la Déesse, afin de garantir la prospérité de son royaume. Il est souvent fait référence à ce rite dintronisation que lon retrouve tant dans les textes que dans lhistoire du monde celtique. Ainsi voit-on le roi de Tara (roi suprême de lIrlande, sans pouvoir réel) épouser Eriu qui nest autre quun des nombreux visages de la Déesse-Mère irlandaise : le roi épouse la Terre-Mère souveraine Eriu/Dana /Brighid/Irlande. A la Dana celtique correspondent les visages dautres déesses-mères celtiques, comme nous lavons déjà signalé. Ainsi est-il avancé que si en Gaule celtique, la Diane gallo-romaine fut la déesse la plus vénérée, cest essentiellement du fait dune confusion avec Diva Ana dont le nom est prononcé, en bas-latin, « divouana ». La vénération dont Diane/Diana a fait lobjet auprès des Celtes de Gaule, résulte donc peut-être dune assimilation de cette déesse méridionale à la Grande Déesse celtique. Mais cette thèse se trouve parfois contestée.

 

2. Les seins de Dana.

 

De manière imagée, on retrouve la trace dAna dans le relief même de la terre dIrlande. Ainsi, à vingt kilomètres de Killarney, dans la baronie de Magunhy (Kerry, Irlande), trouve-t-on deux collines nommées The Paps of Anu (=les mamelons/seins dAnu) ou simplement, The Paps. En gaélique, on les nomme Dé Chich Anann (=les seins dAnu), du fait de la rondeur des deux collines qui nest pas sans rappeler la forme dune poitrine féminine. Dans le récit irlandais des Enfances de Finn, il est dit que chaque nuit de Samain (fête celtique du 1er novembre), de nombreux Irlandais venaient courtiser Ele, une très belle fille qui vivait dans le Sidh (domaine des Tuatha dé Danann) de Bri Ele (ou Brig Ele). Mais chaque année, lun de ces soupirants y était tué. Un jour, cest le poète Oircbel qui fut assassiné, ce qui décida le héros Finn, à le venger. Fiacail, fils de Conchem, conseilla à Finn de sasseoir entre les deux Mamelons dAnu, cest-à-dire entre les deux tertres peuplés de fées, et dy faire le guet. Lorsque vint Samain, les tertres souvrirent et Finn fut alors témoin de dialogues et déchanges de nourriture. Soudain, il jeta sa lance qui frappe de plein fouet celui qui nétait rien dautre que lassassin dOircbel. Par la suite, pour récupérer sa lance, Finn se saisira dune des femmes du tertre, nacceptant de la libérer quen échange de la promesse de lui renvoyer son arme.

 

3. La Déesse-Mère mégalithique.

 

Sur certaines constructions mégalithiques, on a trouvé des représentations schématisées de la Déesse-Mère et aux côtés de ces gravures, on a trouvé des représentations de nombreuses haches, comme dans la chambre de la Table des Marchands et au dolmen de Gavrinis, dans le Morbihan (Bretagne, France). Or, les croyances liées à la foudre bénéfique ont vraisemblablement subsisté dans les traditions des populations rurales européennes jusquà une époque récente, sous la forme des « dents de foudre » ou encore, des « haches de Dieu », qui désignent, en fait, des silex et outils néolithiques. On prétendait jadis que les places où se trouvaient ces objets avaient été frappés par la foudre, larme du Dieu du Ciel (Zeus-Jupiter, à lorigine). Ces objets liés à la foudre et enfouis au sein même de la Terre, rappelle le mythe du Ciel-Père fécondant la Terre-Mère. Les représentations Haches-Déesse-Mère étant les plus anciennement connues, nous pouvons probablement dater ce mythe de lâge des mégalithes, soit 5000 à 1500 avant lère chrétienne. Cette tradition des pierres de foudre peut également être mise en relation avec les aérolithes que lon retrouve dans dautres cultes, telle la « Pierre Noire » de Pessinonte, liée au culte de Cybèle, la Grande Déesse-Mère orientale. Pour les peuples mégalithiques, sédentaire et agricoles, la relation entre le Ciel-Père et la Terre-Mère était, bien évidemment, primordiale et vitale du point de vie de leur quotidien. Dans nos régions, ce mythe serait donc dorigine mégalithique et non dorigine indo-européenne. Pour terminer, citons encore la pierre plate support gravé- de Lcmariaquer, dans le Morbihan (Bretagne, France), qui constitue la représentation néolithique archétypale, dite « idole-chasuble », de la Déesse-Mère. Les petits cercles concentriques et les doubles croissants firent lobjet de plusieurs interprétations : seins, ornements, pommes

 

4. Dana-sainte Anne : lhistoire dune christianisation.

 

Si la déesse Brighid est devenue, du fait de la christianisation, sainte Brigitte de Kildare, sainte prédominante dans lIrlande catholique, Dana, quant à elle, doit être rapprochée de sainte Anne. Rappelons que dun point de vue biblique, sainte Anne appartient au peuple hébreu, sans la moindre référence celtique, cela va sans dire. Anne, dit-on, appartenait à la tribu de Juda et était de la race de David. On fit de cette Anne hébraïque la mère de la Vierge Marie et laïeule de Jésus de Nazareth, bien que cela ne soit dit dans aucun texte canonique. Anne épousa Joachim et de leur union naquit Marie, la mère de Jésus. Lorigine de cette histoire, que lon ne retrouve donc pas dans les Evangiles, est à rechercher dans un texte apocryphe connu sous le nom de « Protévangile de Jacques » : « Le nom de « Protévangile » fut donné au 16ème siècle par lhumaniste français qui le publia en Occident, parce que le texte relate des événements antérieurs aux récits des évangiles canoniques. Le plus ancien manuscrit connu (Papyrus Bodmer 5) porte le titre : Nativité de Marie, Révélation de Jacques. » (Evangiles apocryphes, France Quéré, p. 67). Et voici ce que lon peut y lire : « Six mois environ sécoulèrent ; le septième, Anne enfanta. « Quai-je mis au monde ? » demanda-t-elle à la sage-femme. Et celle-ci répondit : « Une fille. » Et Anne dit : « Mon âme a été exaltée en ce jour ! » Et elle coucha lenfant. Quand les jours furent accomplis, Anne se purifia, donna le sein à lenfant et lappela du nom de Marie. » (ibid., p.172 / Protévangile de Jacques, 6.2.). Au 1er siècle de lère chrétienne, le corps de sainte Anne, mère de la Vierge Marie, aurait été transporté dans les Gaules et enfoui dans un souterrain dApt, « à lépoque des persécutions » (contre les chrétiens). Il fut, dit-on, « miraculeusement » découvert sept siècles plus tard, et devint lobjet de pélerinages. A noter que lon a également retrouvé à Apt une dédicace honorant une déesse celtique nommée Albioriga. Ce nest toutefois quau 17ème siècle, en Bretagne, à Auray, que le culte de sainte Anne acquerra sa véritable popularité. Sans doute faut-il trouver dans la proximité géographique de la Bretagne insulaire, lorigine de la perpétuation du culte de la déesse Ana sous sa forme christianisée de sainte Anne. Au Moyen Âge, nombre de villages bretons portent le nom dAnne/Ana. Ainsi, Commana est attesté au 11ème siècle sous la forme Cummana et est très certainement antérieur au christianisme. Ana aurait donc spontanément été christianisée et sanctifiée par le peuple, à moins quelle nait fait lobjet dune « translation du culte ». Aussi, si la mère de la Vierge Marie est, bien évidemment, dorigine hébraïque, la grande popularité de la sainte dans les pays celtiques sexplique sans doute aussi, en grande partie, par son homonymie avec Ana/Dana.

 

5. Sainte Anne dAuray.

 

Lhistoire de la construction de la basilique de Sainte-Anne dAuray, dans le Morbihan, peut peut-être nous éclairer sur lorigine pré-chrétienne et païenne du culte rendu à sainte Anne. Selon la tradition chrétienne, la découverte dune statuette décrite, bien évidemment, non comme une représentation de la Déesse-Mère Ana, mais comme celle de sainte Anne, aurait été accompagnée de circonstances extraordinaires et de prodiges sans nombre. Ainsi, en 1625, un certain Yvon Nicolazik, paysan de Ker-Anna, prétendit avoir eu une vision : sainte Anne lui étant apparue en songe, lui aurait fait part de son souhait de voir reconstruire une chapelle qui aurait autrefois existé à Bosenno. Lannée suivante, Nicolazik découvrit une statue de bois qui était peut-être une statue gallo-romaine de la déesse Ana. Toutefois, pour le bon peuple christianisé dArmorique, il ne fit aucun doute quil sagissait là dune statuette de « Santez Anna », grand-mère de Jésus. La basilique de Sainte-Anne dAuray fut donc construite à cet endroit et un pèlerinage y fut instauré au 17ème siècle. La basilique actuelle la remplaça au 19ème siècle. Malgré la filiation que lon peut supposer entre le culte de la Déesse-Mère celtique et celui de la sainte chrétienne, il serait excessif de voir dans tous les aspects du pardon de Sainte-Anne dAuray, un prolongement chrétien ou christianisé dune antique fête païenne célébrée en lhonneur de la déesse Ana. Pour la petite histoire de cette basilique, ajoutons encore quune relique présumée de sainte Anne, ainsi que plusieurs ornements, furent donnés à Anne dAutriche, épouse de Louis XIII, par le conseiller de la ville dApt, et furent ensuite offerts par la reine à la basilique dAuray, en remerciement pour la naissance du futur Louis XIV. Sainte-Anne dAuray fait toujours lobjet dun pèlerinage et sainte Anne est fêtée le 26 juillet.

 

6. Ker-Anna, un sanctuaire celtique.

 

Le lieu où sélève aujourdhui encore la basilique de Sainte-Anne dAuray portait, depuis des temps immémoriaux, le nom de Ker-Anna, comme nous lavons déjà dit. Un sanctuaire païen y avait été élevé à une époque si ancienne quau début du 8ème siècle, il était, de vieillesse, tombé en ruine. Lemplacement de cet ancien sanctuaire était demeuré sacré et lon prétendait que les animaux de la ferme eux-mêmes refusaient dy porter le soc de la charrue. On peut donc voir dans ce lieu tabou un exemple classique de sanctuaire celtique. A lépoque de la Tène ancienne (-500 / -250), lenclos était peut-être à lui seul un embryon de sanctuaire. Le lieu de culte nétait rien dautre quune aire sacrée, limitée par un fossé. Le temenos (ou templum) est délimité par ce terrain découpé. Un simple trait sur le sol, un sillon de charrue, un fossé, suffisait à délimiter lespace sacré.   

 

7. Visualisation.       

 

Dana est parfois représentée assise, les cheveux dénoués sur les épaules, entourées de gravures enfantines, des pommes figurées sur son ventre, visions dartistes qui diffèrent clairement des représentations schématiques de la Déesse-Mère que lon a trouvées sur des constructions mégalithiques.

 

 

Eric TIMMERMANS.©

Bruxelles, le 16 mars 2011.

 

 

Sources : Evangiles apocryphes, France Quéré, Seuil, 1983 / Lépopée celtique dIrlande, Jean Markale, Petite Bibliothèque Payot, 1973 / Les Celtes Les dieux oubliés, Marcel Brasseur, Terre de Brume Editions, 1996 / Les Celtes Histoire et dictionnaire, Venceslas Kruta, Robert Laffont, 2000 / Nouveau dictionnaire de mythologie celtique, Jean Markale, Pygmalion, 1999.

 

 

19 mars 2011 6 19 /03 /mars /2011 10:02

 

 

1. Une divinité double.

 

Aker est un dieu double qui personnifie la Terre (même si la principale personnification égyptienne de la Terre est le dieu Geb, père dOsiris) et le monde souterrain des Morts. Il veille tant sur l’Ouest que sur l’Est, il préside à la Mort et à la Résurrection, au Sommeil et au Réveil, au Crépuscule et à l’Aurore, au Passé et à l’Avenir.

 

2. Visualisation.

 

Egalement double dans sa forme, Aker apparaît sous laspect dune langue de terre dont chaque extrémité est occupée par une tête humaine ou encore sous les traits dun couple de lions adossés et placés de chaque côté du soleil pointant à lhorizon (ou supportant, entourant et protégeant le globe terrestre). Les deux lions adossés apparaissent comme lun des « hiéroglyphes les plus significatifs de la continuité des cycles de vies dans lunivers, dans lAu-Delà de la Vie (lion de lOuest), de lexpérience terrestre (soleil central), et de la naissance de la conscience (lion de lEst). » (Thibaud) Ce hiéroglyphe Aker est parfois représenté sur la barque solaire.

 

3. Le gardien du Royaume des Morts.

 

En outre, Aker est le gardien du passage qui mène au Royaume des Morts et ouvre sa porte à ceux qui doivent y entrer ou, au contraire, en sortir. En effet, Aker délimite le domaine des transformations de lâme que lon ne peut quitter quaprès être devenu un Osiris ou un Horus, cest-à-dire un être « justifié », ayant acquis les qualités de justice et de vérité et devenu, de ce fait, « lumineux ». Le dieu Aker nest donc pas, du fait de son caractère double, sans évoquer le dieu romain Janus.

 

 

Eric TIMMERMANS.

Bruxelles, le 16 mars 2011.

 

 

Sources : Dictionnaire de mythologie et de symbolique égyptienne, Robert-Jacques Thibaud, Dervy, 1997 / Dictionnaire historique de lEgypte, Pierre Norma, Maxi-Poche Histoire, 2003 / Petit dictionnaire des dieux égyptiens, Alain Blottière, Zulma, 2000.

18 mars 2011 5 18 /03 /mars /2011 21:58

 

1. La genèse dHermès.

 

Fruit du viol de la nymphe Maïa par Zeus, Hermès naquit dans une caverne du mont Cyllène, en Arcadie. Atlas est son grand-père, Maïa étant une des sept filles de ce Titan, immortalisées sous la forme de la constellation de la Pléiade. Il semble que le mythe de la naissance dHermès ait pour origine un culte de la fertilité préhellénique des phallus de pierre, Hermès étant la force résidant dans la pierre phallique et Maïa représentant la Déesse-Mère sous son aspect de Vieille Femme (Nadia Julien). Très tôt, Hermès manifesta des qualités extraordinaires dintelligence et de ruse. Encore nouveau-né, il parvint à quitter son berceau et à senfuir en Thessalie où il sempara des bœufs et des génisses aux cornes dor qui avaient été confiés à Apollon par le roi Admète. Après avoir sacrifié un (ou deux) bœufs aux douze dieux de lOlympe (dont lui-même !), le jeune Hermès revint à sa caverne natale, non sans avoir pris la peine de faire marcher le troupeau à reculons (ou chaussée de sandales en écorce de chêne) afin que lon puisse retrouver sa trace. En outre, sur le chemin, il heurta une écaille de tortue qui traînait sur le sol et tendit dessus les nerfs du bœuf sacrifié : cest ainsi quHermès inventa la lyre. Sur ces entrefaits, Apollon avait réussi à rejoindre Hermès qui, de retour dans les langes maternels, faisait mine de ne rien savoir Après sêtre brièvement mis en colère, Apollon fut bien vite charmé par les sons qui séchappaient du nouvel instrument de musique inventé par le jeune dieu et cest ainsi que les deux dieux devinrent amis. Apollon donna sa houlette de berger qui, transformée, devint le célèbre caducée, lattribut principal dHermès. A ce propos, il est dit quun jour, Hermès se promenant, vit deux serpents se disputer une proie. Il glissa sa houlette entre les deux reptiles qui aussitôt senroulèrent autour. Ainsi naquit le caducée, cet attribut dHermès qui plus tard devint un symbole de la médecine. Dautres sources prétendent cependant que le caducée était, à lorigine, une houlette dotée de trois cordons blancs qui furent ensuite confondus avec des serpents. Quoiquil en soit, cest ainsi quHermès devint le héraut officiel des dieux.

 

2. Hermès, une dieu aux fonctions multiples.

 

Traditionnellement, Hermès est le dieu grec des Marchands et des Voyageurs. A Rome, il a pour équivalent Mercure. Dans le domaine celtique, les Romains lui assimilèrent le dieu Lugos/Lugh/Lleu et le dieu Odin/Wotan dans le domaine germano-nordique. Mais les Grecs vénéraient également Hermès en tant que patron des orateurs et comme inventeur de lalphabet (inventeur de lécriture, il est dit quHermès composa lalphabet avec laide des trois Parques), de la musique, de lastronomie, des poids et des mesures, de la culture de lolivier, de même que de la gymnastique. Hermès apparaît aussi comme un pourvoyeur de dons, notamment ceux que léloquance et de la persuasion, ce qui nest pas sans le rapprocher du dieu celtique Oghma/Ogmios. On lui attribue, en outre, linvention de la méthode de divination et de prédiction à laide dosselets. Ce sont les Thries du Parnasse qui lui enseignèrent lart de la divination en lançant des cailloux dans une bassine, méthode qui était pratiquée à Delphes. En règle générale, Hermès est donc perçu comme le dieu qui patronne tout ce qui requiert de lhabileté et de la ruse, ce pourquoi il est également le dieu des voleurs et des tricheurs. Il a dailleurs lui-même la réputation dêtre chapardeur ! Ainsi vole-t-il larc dEros, le trident de Poséidon, lépée dArès, les tenailles dHéphaïstos, la ceinture dAphrodite et même le sceptre de Zeus ! Protecteur des voyageurs et des marchands, Hermès, qui veille à la sécurité publique sur les voies, les places et les chaussées, était le véritable « ami divin » de tous les Grecs. Ainsi, chaque aubaine, chaque occasion positive, lui était attribuée. Hermès est aussi et surtout un dieu psychopompe, celui qui guide les âmes des morts. Sous cet aspect, il est connu sous le nom de Psychopompos.

 

3. Les noms dHermès.

 

3.1.Agetor.

 

3.2.Agoraios (=Protecteur des marchés).

 

3.3.Argeiphontès (=Plein déclat).

 

3.4.Criophoros (en tant que dieu des pâtres).

 

3.5.Enagios (lorsquil accorde le succès lors de concours).

 

3.6.Enodios (lorsque Hermès veille sur les carrefours).

 

3.7.Hégémonios.

 

3.8.Kadmilos (lorsquil préside aux sacrifices).

 

3.9.Logios (lorsque Hermès accorde léloquence).

 

3.10.Nomios.

 

3.11.Psychopompos (=Guide des âmes des morts). Sous cet Aspect, Hermès fut assimilé au dieu égyptien Anubis, avec lequel il foremera même une divinité syncrétique : Hermanubis.

 

3.12.Trismégistos (=Trois Fois Grand).

 

4. Le culte d’Hermès.

 

4.1.DArcadie, le culte dHermès se répandit dans toute la Grèce.

 

4.2.On connaissait un oracle dHermès, en Achaïe, alors quon avait institué à Délos, Rhodes et Cos, des corporations de marchands nommées hermaistes.

 

4.3.En guise doffrandes, on donnait à Hermès du petit bétail, de lencens et du miel. On lui offrait également des langes de veaux, symboles de léloquence.

 

4.4.En lhonneur dHermès, on célébrait les hermaïa, fêtes des gymnases qui incluaient, notamment, des sacrifices de gallinacés ou encore, de jeunes bovins.

 

5. La descendance d’Hermès.

 

De lunion dHermès et de la déesse Aphrodite, naquit Hermaphrodite. Mais Hermès possède une nombreuse descendance résultant de son union avec des nymphes : Autolycos, quil eut de Chioné et qui nest autre que le grand-père dUlysse ; Daphnis, quil eut dune Naïade ; Céphalos et Céryx, nés du viol de Hersé ; Polydoros, né de lunion dHermès avec Polymélé. Mais Hermès sunit également à des mortelles, telles quAcacallis, fille de Minos et de Pasiphaé.

 

6. La guerre de Troie.

 

Cest Hermès qui placera les trois déesses, Aphrodite, Athéna et Héra, en présence de Pâris qui devra juger de leur beauté, jugement qui durant la guerre de Troie verra Aphrodite, gagante du concours, se ranger aux côtés des Troyens, alors que les deux autres déesses, délaissées, se vengèrent en soutenant les Grecs, par haine de Pâris. Toujours durant la guerre de Troie, Zeus chargea Hermès damener Priam, le roi de Troie, réclamer le corps de son fils Hector à Achille. Hermès accomplit sa mission de nuit, grâce à sa capacité à se déplacer aisément dans lobscurité, et ce afin de cacher aux Grecs la présence du roi Priam dans leur camp.

 

7. Hermès, protecteur d’Ulysse.

 

Dans lOdyssée, on voit Hermès voler plus dune fois au secours dUlysse, notamment lorsque Circé changea ses hommes en pourceaux. Dans le même récit, cest également Hermès qui convaincra Calypso de laisser Ulysse repartir : « Pourquoi je suis venu, moi, dieu, chez toi, déesse ? Je men vais franchement te le dire : à tes ordres. Cest Zeus qui mobligea de venir jusquiçi, contre ma volonté : qui mettrait son plaisir à courir cette immensité de londe amère ? Et dans ton voisinage, il nest pas une ville dont le peuple offre aux dieux, en un beau sacrifice, lhécatombe de choix ! Mais quand le Zeus qui tient légide a décidé, quel moyen pour un dieu de marcher à lencontre ou de se dérober ? Zeus prétend quun héros est ici, près de toi, et le plus lamentable de tous ceux qui, sous la grande ville de Priam, étaient allés combattre. Aujourdhui, sans retard il faut le renvoyer : cest Zeus qui te lordonne ; car son destin nest pas de mourir en cette île, éloigné de ses proches. » (Odyssée, chant V).

 

8. Visualisation.

 

On représente souvent Hermès coiffé dun chapeau de voyageur ou dun casque ailé. Ainsi le trouve-t-on sur des vases grecs, coiffé dun pétase, chapeau plat à large bord, et chaussé de sandales ailées. Il tient à la main le sceptre de héraut (=caducée). Hermès est vêtu dun manteau et, à ses talons, sont attachées des ailettes. Dans lart ancien, Hermès était représenté sous laspect dun homme fort et barbu et ce nest quultérieurement quon devait le représenter sous les traits dun jeune homme fort et vigoureux, au regard intelligent et aimable. Des statues dHermès furent élevées aux carrefours et sur les bords des routes, car sa présence rassurait le voyageur et soutenait dans son labeur le marchand ambulant, le dieu ayant la réputation décarter deux les périls de la route et les mauvaises rencontres. Ainsi donnait-on le nom dhermès à des piliers relativement hauts, samenuisant vers la base et surmonté dun buste du dieu (ou dune autre divinité ou encore de leffigie dun ancêtre disparu, comme en témoignent les hermès trouvés dans les villas de Pompéi et dHerculanum dont la poitrine, les épaules et les bras sont coupés par des plans verticaux). On trouvait les hermès dans les rues et les places publiques des villes grecques. Ces monuments furent également utilisés comme bornes frontières. Notons encore quà lorigine, une pierre rectangulaire était dédiée à Hermès comme sa représentation ou sa demeure.

 

 

Eric TIMMERMANS.

Bruxelles, le 16 mars 2011.

 

Sources : Dictionnaire de la mythologie grecque et latine, Odile Gandon, Livre de Poche, 1996 / Dictionnaire de la mythologie grecque et romaine, Joël Schmidt, Larousse, 1965 / Encyclopédie de la mythologie, Sequoia, 1962 / Grand dictionnaire des symboles et des mythes, Nadia Julien, Marabout, 1998 / LOdyssée, Homère, traduit et présenté par Victor Bérard, Livre de Poche, 1984.

 

 

18 mars 2011 5 18 /03 /mars /2011 18:59

 

 

 

1. L’Habileté divine.

 

Dans la tradition védique, Daksha (ou Daksa) signifie l « Expert », l « Habileté », l « Energie réalisatrice » ou encore « Saisir quelque chose avec détermination ». C’est aussi l’un des noms du Dieu Créateur. En pratique, Daksha représente lArt rituel, les règles du sacrifice et la capacité de les accomplir sans faute. Il est également lun des dix patriarches de la race humaine (ou « rishi ») et est souvent perçu comme le premier dentre eux.

 

2. Daksha et sa descendance.

 

Il donna, dit-on, dix de ses filles à Dharma et treize à Kashyapa, qui devinrent les mères des dieux et des démons, des hommes, des serpents et de tout ce qui vit. Il en accorda encore vingt-sept autres en mariage au dieu Lune (Soma ou Chandra) et elles devinrent les Nakshatra ou « Maisons lunaires. » Daksha féconda Aditî, la Mère de Dieux, dont naquirent les Aditya (=dieux). Il semble donc que Daksha soit tout à la fois fils, père et époux dAditî, Grande Déesse-Mère védique, qui fut, qui est et qui sera.

 

3. Daksha et Aditî dans le Rig Veda.

 

Aditî et Daksha incarnant deux principes originels indépendants, forment un couple indissociable. Cela est mentionné dans le Rig Véda (10.72) :

 

« La terre naquit de la Parturiente,

de la terre naquirent les orients,

dAditi naquit Daksa

et du sein de Daksa, Aditi.

 

« Cest alors quAditi vint au monde,

celle qui fut ta fille, ô Dasha.

Les dieux naquirent à sa suite,

les Bienheureux, frères dans limmortalité. »

 

4. Daksha et Shiva : le sacrifice cosmique.

 

Daksha est le père de Satî (un des aspects de la Grande Déesse), qui épousa Shiva. Cest dans ce contexte familial divin quintervient un épisode célèbre de la littérature sanskrite : lépisode du sacrifice cosmique. Daksha avait organisé un grand rassemblement de tous les êtres vivants de lUnivers, des dieux aux insectes. Mais il en exclut volontairement Shiva, jugé indigne, par lui, de participer à cette célébration tant son allure dascète apparaissait misérable. Lorsque Satî fut informée de cette injustice, elle en mourut, sur le champ, foudroyée par la colère et la honte (ou se jeta dans les flammes dun bûcher). Quand Shiva revint de ses montagnes, il découvrit le corps inanimé de Satî, sa bien-aimée, et une rage destructrice sempara de lui. Il détruisit alors tous les préparatifs de la cérémonie et molesta cruellement plusieurs divinités ! Seul Brahma parvint à le ramener à la raison. Satî ressuscita par la suite sous la forme de Parvatî, la parèdre de Shiva. A noter que Daksheshvara est le nom dun temple de Hardvâr dédié à Shiva.

 

 

Eric TIMMERMANS.

Bruxelles, le 16 mars 2011.

 

 

Sources : Les Cinq Livres de la Sagesse Pancatra, Alain Porte, Editions Philippe Picquier / Le Véda, Jean Varenne, Les Deux Océans, 2003 / Le Védisme. Léveil de la spiritualité indienne. Bernard Baudouin. Editions de Vecchi, 1997.

 

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