Mercredi 23 mars 2011 3 23 /03 /Mars /2011 20:44

 

1. De l’art culinaire au symbole sacré...

 

Considérés comme impurs et interdits à la consommation dans certaines traditions religieuses sémitiques, le porcin occupe, au contraire, une place de choix dans la gastronomie européenne. Certes, j’apprécie aussi, comme la plupart d’entre nous, et ce en dépit de certaines superstitions religieuses et des récriminations végétariennes, la viande de porcin sous ses multiples formes : lard, boudin, pâté, jambon, saucisse, saucisson, côtes de porc. Rappelons-le : « dans le cochon, tout est bon ! » Mais je ne vais point vous proposer ici un texte consacré à l’art culinaire : restons dans le domaine qui est le nôtre sur ce blog, celui de la mythologie. Car, alors qu’en islam et dans le judaïsme, le porcin est considéré avec répugnance et dégoût, il apparaît, au contraire, indissociable de l’héritage le plus sacré et le plus ancien de l’univers indo-européen. Cela est particulièrement vrai pour la tradition celtique, comme nous allons le voir.

 

2. Le porcin dans la tradition celtique.

 

2.1. Un symbole guerrier.

 

Les porcins jouissaient d’un prestige particulier auprès des Celtes. On sait, par exemple, que des représentations du sanglier ornaient les enseignes guerrières, les casques et les boucliers des Celtes. Le pavillon de la trompette de guerre, la carnyx, avait généralement la forme d’une hure de sanglier. On sait aussi que depuis l’âge du bronze, les défenses de cet animal accompagnaient certains hauts personnages jusque dans leur sépulture. Dès le 4ème siècle avant l’ère chrétienne, le sanglier est, avec le cheval et les monstres, l’un des principaux sujets des fibules zoomorphes celtiques. On le figure également sur des pièces de monnaie appartenant à un grand nombre de peuples celtiques qui s’étendirent des îles britanniques aux Carpates. Des statuettes de sanglier sont connues dans la totalité du monde celtique, c’est d’ailleurs le seul quadrupède sauvage qui soit si souvent représenté. Mais, nous dira-t-on, s’agit-il de sangliers ou de porcs sauvages ? Il apparaît, en effet, que les Celtes élevaient une race de porcs hargneux, hauts sur pattes et couverts d’une crinière drue, dont certains, du fait de leur agressivité, étaient volontiers utilisés comme « chiens de garde ». Selon toute vraisemblance, les deux espèces (ou races), étaient connues et il ne fait aucun doute que le porcin, sanglier ou/et autre, était un symbole de la force guerrière mais sans pour autant être un symbole de la classe guerrière, c’est là une distinction importante. En outre, comme nous allons le voir, au-delà de leur symbolique guerrière, les porcins revêtaient une dimension particulièrement bénéfique dans la tradition celtique. Mais avant d’aborder ce point, examinons quelques exemples de porcins guerriers, tels qu’ils apparaissent dans l’épopée celtique irlandaise.

2.1.1. Porcins magiques et combattants de la tradition celtique d’Irlande.

 

2.1.1.1. Le sanglier de Ben Gulbain.

 

Dans le récit irlandais de Diarmaid et Grainné, qui n’est pas sans rappeler le célèbre Tristan et Yseult, un sanglier joue un rôle primordial. Diarmaid et Grainné sont poursuivis par Finn, l’époux de Grainné. Celui-ci sait que Diarmaid est impérativement tenu par un tabou : il ne peut entendre l’aboiement d’un chien en train de poursuivre un gibier, sans aussitôt se joindre à la chasse. Finn utilisera ce tabou pour attirer Diarmaid dans un piège : faisant mine de se réconcilier avec lui, il lui demandera de participer à la chasse au sanglier magique de Ben Gulbain. Diarmaid ne peut refuser l’offre de Finn, car un second tabou ne lui permet pas de refuser une demande de l’un de ses compagnons. Alors « la bête se réveilla de son sommeil et regarda dans la vallée, et elle vit la troupe des Fianna à l’est et à l’ouest, venant vers elle. Il s’irrita à la vue de ces guerriers, le sauvage sanglier du Sidh. Plus longue qu’une lance était sa défense. Plus aigu que la Gai Bolga était son croc. Diarmaid, fils d’O’Duibhné, jeta sa lance sur le sanglier ; l’arme se brisa contre un arbre après avoir percé le sanglier… Alors il tira sa vieille épée de son fourreau et la bête mourut de la main de Diarmaid. » Finn espérait, bien évidemment, que Diarmaid fut tué au cours de cette chasse. Voyant que son plan avait échoué, il demanda à Diarmaid d’aller mesurer le sanglier. Aussi, le héros retourna-t-il sur ses pas. « C’était un acte dangereux. Il mesura le sanglier, mais les soies rudes et venimeuses blessèrent le pied du guerrier cruel dans les combats. Alors il tomba sur le sentier, le fils d’O’Duibhné qui ne consentait jamais à la trahison, sur le sol, à côté du sanglier. » Bien qu’il en avait le pouvoir, Finn se garda bien de soigner Diarmaid qui, dès lors, mourut de sa blessure.

 

2.1.1.2. Le sanglier de Formael.

 

Dans le récit de La mort de Finn, ce dernier et les Fiana partent à la chasse dans les environs de la plaine de Femen. Mais durant trois jours, ils ne trouvèrent aucun gibier. Ils arrivèrent bientôt au pied de la tombe d’un certain Failbé Findmaisch, dont Finn révèlera qu’il fut tué lors d’une chasse au sanglier géant de Formael. Finn se mit à chanter un poème en l’honneur de Failbé et décida que, le lendemain, ses hommes et lui partiraient, eux aussi, chasser l’animal. Ils se mirent en quête de la bête et la trouvèrent bientôt. Le sanglier de Formael était de couleur particulièrement sombre et il inspirait la terreur. Hérissé, hardi et, pour tout dire, monstrueux, il n’avait pas d’oreilles, pas de queue, pas de testicules, mais ils possédaient, par contre, des défenses énormes et effroyables qui sortaient de sa grosse tête. Lorsqu’ils virent le sanglier, les Fiana se ruèrent sur lui, mais les meilleurs chasseurs succombèrent sous ses coups. C’est alors qu’Oscar, le petit-fils de Finn, se lança à son tour au combat avec une audace et un courage sans pareils. Il finit ainsi par tuer le sanglier géant. On enterra ensuite les victimes de la bête et Finn entonna un chant funèbre devant leurs tombes.

 

2.1.1.3. La truie Beo.

 

Beo est le nom d’une truie monstrueuse qui dévasta la province irlandaise de Munster. Bien que le forgeron Lochan lui avait clairement déconseillé de se porter à la rencontre de Beo, Finn décida de la pourchasser. Dès qu’elle le vit, Beo le chargea. Le chasseur parvint toutefois à la tuer à l’aide de sa lance. Il en ramena la tête au forgeron comme don nuptial pour sa fille.

 

2.1.2. Le porcin celtique diabolisé ?

 

Cette vision du porcin belliqueux et violent n’est qu’apparence : le porcin, et plus précisément, le sanglier, possède la connaissance, voilà pourquoi les rois et héros des textes légendaires celtiques les chassent et essaient de les capturer. Cette vision du porcin guerrier a peut-être facilité certaines diabolisations dans le contexte chrétien. Ainsi, dans la Vie armoricaine de saint Hervé, le nom d’un démon nommé Huccan est évoqué. En ancien breton, il signifie « Petit cochon ». Peut-être doit-on voir en lui une diabolisation chrétienne de l’antique dieu gaulois Lugos, que l’on retrouve, semble-t-il, sous des appellations proches dans diverses traditions celtiques : Lug ou Lugh (dont le père, Cian, prit un jour la forme d’un sanglier), en Irlande, Lleu, au Pays de Galles. De fait, le nom de Huccan doit vraisemblablement être rapproché de celui de Moccus, un aspect du Mercure celtique dont on a retrouvé la trace à Langres (Côte d’Or). Or, le dieu gaulois Lugos apparaît également, dit-on, comme un aspect du Mercure celtique. Huccan a laissé son nom à un rocher situé du côté de Brest : c’est là qu’il aurait été précipité dans la mer (Patrice Lajoye). Le nom de Huccan doit peut-être aussi être rapproché de celui de Huan, l’un des aspects du dieu gallois Lleu, déjà cité. En outre, même si, dans les légendes irlandaises, les mauvais esprits sont souvent représentés sous la forme de cochons, remarquons que dans les textes de la tradition irlandaise, même d’inspiration chrétienne, le porcin est toujours perçu d’une manière positive. En effet, il ne faut pas confondre puissance guerrière et activité maléfique. Ainsi, lorsque le twrch trwyth (irl. Triath roi) gallois s’oppose à Arthur, ce n’est pas par malfaisance, mais parce qu’il représente le Sacerdoce en lutte contre la royauté à une époque de décadence spirituelle. Il convient donc de comprendre que si le sanglier représente effectivement la combattivité et l’invincibilité, il ne symbolise pas pour autant la classe guerrière (symbolisée par l’ours), mais bien la classe sacerdotale (pouvoir spirituel).

 

2.2. Un symbole bénéfique de la classe sacerdotale.

 

2.2.1. Un symbole d’immortalité.

 

Les Celtes voyaient dans le sanglier le mangeur des glands du chêne sacré, cet animal, comme le druide, étant en rapport étroit avec la forêt. Quant à la laie, symboliquement entourée de ses neuf marcassins, elle fouit la terre au pied du pommier, symbole d’immortalité. Ainsi, Tuân Mac Cairill, témoin légendaire des diverses invasions mythiques de l’Irlande, se métamorphosa-t-il notamment en sanglier : « Or, j’étais sur le seuil de mon antre, le souvenir m’en est resté. Je sais que changea l’aspect de mon corps et je fus sanglier. Alors je fis des vers de cette merveille. Aujourd’hui, je suis sanglier, je suis roi, fort et victorieux. Mon chant et mes paroles étaient agréables autrefois dans les assemblées, plaisant aux jeunes et jolies femmes. Mon char était beau et majestueux, ma voix avait des sons graves et doux, j’étais rapides dans les combats, j’avais un visage charmant, aujourd’hui je suis un noir sanglier. »

 

2.2.2. Un animal sacrificiel.

 

Animal sacré donc, le porcin était également un animal sacrificiel : des porcs ont été sacrifiés aux divinités célestes et terrestres, dans le sanctuaire de Gournay-sur-Aronde ; on ne pouvait partir à la chasse au sanglier sans avoir consulté les puissances surnaturelles ; le sanglier constitue la nourriture sacrificielle de la fête de Samain (1er novembre), la fête la plus importante du calendrier celtique.

 

2.2.3. Le porcher-druide.

 

Le métier de porcher était particulièrement honorable chez les Celtes : un porcher était un druide, un haut fonctionnaire de la Cour et le gardien de la nourriture des dieux. On le voit notamment dans le récit irlandais dit des Deux Porchers qui, après maintes aventures et métamorphosent se retrouvent et s’affrontent sous la forme de deux taureaux, le Beau Cornu d’Ai et Brun de Cualngé, dans le récit de la Tain Bô Cualngé ou Razzia des vaches de Cooley, un des récits essentiels de la littérature épique irlandaise.

 

2.2.4. Le divin sanglier : l’animal-guide.

 

Le sanglier est le prolongement sur terre des dieux Lug/Lugos et Esus, il est également lié au Dagda. Triath, le roi des sangliers dans la tradition celtique d’Irlande, a pour maîtresse la déesse Brighid, un des visages de la Déesse Mère celtique ; c’est Triath qui, avec les bœufs Fea et Feimhean, configura le relief de l’Irlande. En Gaule, on trouve également le sanglier associé à plusieurs divinités. Ainsi, le nom du dieu Baesertis est assimilé à celui du sanglier (Baedd, en gallois) et un sanglier est gravé sur son autel (Gourdon, dans le Lot). Une dédicace à Bellicos (Donon, dans les Vosges) est accompagnée de le représentation d’un sanglier et d’un lion affrontés. Dans un sanctuaire de Candeleda (Vieille-Castille, Espagne), on a retrouvé vingt-et-une dédicaces à un dieu Vaelicos, ainsi qu’un sanglier funéraire. Les monuments du culte à Endovellicos montrent également un sanglier. Le porcin est l’animal-guide, celui qui mène l’homme vers l’espace sacré. De par sa complicité avec les êtres surnaturels, il côtoie, du point de vue celtique, les réalités et les secrets de l’Autre Monde. Le porcin et tout particulièrement le sanglier, est donc clairement, comme nous l’avons dit, un symbole de la classe sacerdotale.

 

2.2.5. Le porc nourricier.

 

Le porc sacré est également nourricier. Lorsque les Tuatha dé Danna, dieux de l’ancienne Irlande, furent vaincus par les Gaëls ou fils de Mile et durent rejoindre le monde souterrain de tertres, le dieu Mananann leur distribua du porc comme nourriture. Parmi les trois merveilles du Sidh du Dagda, on trouve un porc toujours vivant et un autre porc cuit dont les morceaux ne diminuent jamais lorsqu’on en mange. Le thème du porc magique, pièce centrale des festins, dont la viande est toujours cuite à point et ne diminue jamais, apparaît dans plusieurs récits mythiques. Pendant l’automne, on engraissait de grands troupeaux de porcins destinés à être égorgés au début de l’hiver, soit à l’occasion de la fête de Samain (1er novembre). En effet, à Samain, on consommait rituellement de la viande de porc, comme nous l’avons déjà souligné.

 

3. Le porcin dans d’autres traditions indo-européennes.

 

3.1. Dans la tradition gréco-latine.

 

On connaît l’image de la déesse Diane, emportée par un sanglier, avec laquelle on confondit la déesse gauloise Arduinna, mais on connaît également, dans la tradition hellénique, le sanglier de Calydon. Ce sanglier monstrueux fut envoyé par Aphrodite contre le roi Oenée (ou Oeneus) qui avait omis de sacrifier à la déesse. Le sanglier sema la mort et la dévastation dans tout le pays, jusqu’au jour où il fut tué par Atalante, qui lui porta le premier coup mortel, et Méléagre. Ce dernier donna la peau de la bête à la chasseresse Atalante, ce qui provoqua la jalousie et la fureur des autres chasseurs. Calydon était une ville d’Etolie, située sur l’Evenos, en Grèce. La chasse au sanglier de Calydon est représentée sur un cratère datant d’environ 570 avant l’ère chrétienne. En outre, une sculpture de Scopas (4e siècle avant l’ère chrétienne), reproduit la chasse sur la façade Est du temple d’Athéna, à Tégée.

 

3.2. Dans la tradition nordique.

 

Dans la tradition germano-nordique, on connaît un sanglier merveilleux du nom de Gullinborsti (=Soies d’Or ou Celui qui a des soies d’or). Loki ayant mis en doute leurs capacités de forgeron, les nains Brokk et Eitri décidèrent de forger ce sanglier magique et de le donner au dieu Freyr, dont il tire le char. Il prend alors le nom de Slidrugtanni (Boutoirs dangereux) et se révèle plus rapide qu’un cheval. Dans le culte traditionnel germano-nordique, on sacrifiait un verrat au dieu Freyr, à Jol, c’est-à-dire au Solstice d’Hiver, qui correspond au Noël des chrétiens. De jour comme de nuit, Gullinborsti, dont les soies brillantes permettent de voir dans l’obscurité comme en pleine lumière, peut évoluer dans les airs ou se déplacer sur l’eau.

 

 

 

3.3. Dans la tradition hindoue.

 

Le sanglier apparaît également dans la tradition hindoue, dont il importe de rappeler ici les racines également indo-européennes. Ainsi, le troisième avatar de Vishnu est-il le sanglier Varaha. Alors que la Terre (la déesse Bhumi) venait d’être repeuplée, le démon Hiranyâksha entrepris de la précipiter dans les profondeurs marines. Pour l’arracher aux entrailles de l’océan et la ramener à la surface, le dieu Vishnu prit la forme d’un sanglier nommé Varaha, dont les défenses étaient capables de remuer des montagnes de limon, et plongea dans l’océan. Vishnu-Varaha lutta contre Hiranyâksha mille années durant. Il parvint finalement à le vaincre, à ramener la Terre à la surface et à dissuader les autres démons d’oser encore se livrer à une telle entreprise à l’avenir.

 

Eric TIMMERMANS.©

Equinoxe de Printemps 2011.

 

 

Sources : Dictionnaire de mythologie germanique, Claude Lecouteux, Imago, 2005, p. 110 / Dictionnaire de mythologie et de symbolique Nordique et Germanique, Robert-Jacques Thibaud, Dervy, 1997, p. 192 /Dictionnaire de la mythologie grecque et romaine, Joël Schmidt, Larousse, 1965 / Encyclopédie de la mythologie, Sequoia, 1962 / Grand dictionnaire des symboles et des mythes, Nadia Julien, Marabout, 1997 / L’épopée celtique d’Irlande, Jean Markale, petite bibliothèque Payot, 1973, p. 144-145, 165-166 / Les Celtes – Histoire et Dictionnaire, Venceslas Kruta, Robert Laffont, p. 807-808 / Les dieux maudits, Jean Mabire, Copernic, 1978, p. 241).

 

 


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Mercredi 23 mars 2011 3 23 /03 /Mars /2011 20:23

 

 

1.Le point.

 

Durant seize mois, nous avons mis en ligne une centaine de textes présentant des dieux et des démons de différentes traditions mythologiques. Certains de nos lecteurs sont peut-être plus particulièrement intéressés par telle tradition mythologique ou par telle autre, à moins qu’ils ne soient plutôt à la recherche d’informations sur une divinité précise. Aussi, afin de leur permettre de se retrouver plus aisément dans les méandres de nos écrits, avons-nous élaboré deux index reprenant tous les personnages mythologiques mis en ligne par nos soins entre le 16 novembre 2009 et le 19 mars 2011, l’un par ordre alphabétique, l’autre par tradition mythologique. Vous les trouverez ci-dessous. A chaque nom de personnage est associée une date. Pour accéder au sujet, il suffit dès lors de se reporter au calendrier du blog et de cliquer sur la date qui y renvoie.

 

Et encore merci pour l’intérêt que vous portez à ce blog !

 

Eric Timmermans.

Equinoxe de Printemps 2011.

 

2. Par ordre alphabétique.

 

A :

 

*Abraxas – 26/11/09 * Acheloos – 2/03/11 * Adonis – 26/04/10 * Agni – 23/09/10 * Ah Puch – 6/07/10 * Ahriman – 18/03/11 * Aker – 19/03/11 - Amazones – 18/01/11 * Ammit – 18/03/11 * Amon – 9/02/10 * Anubis – 16/11/09 * Aphrodite – 1/07/10 * Apollon – 4/01/11 * Apophis – 8/04/10 * Arduinna – 21/01/11 * Arès – 30/11/10 * Artémis – 27/01/11 * Aryaman – 31/03/10 * Asclépios – 11/02/11 * Ashvin – 26/08/10 * Asmodée – 19/03/11 * Athéna – 05/02/11 * Athirne – 12/01/11 * Aton – 25/11/10.*

 

B :

 

*Bacab – 29/07/10 * Bacchus – 12/08/10 * Balor – 27/01/11 * Baphomet – 24/11/09 * Basilic – 7/12/09 * Bélénos – 16/07/10 * Bélial – 18/03/11 * Bès – 20/07/10 * Bricriu – 21/04/10 * Brighid – 3/02/10 *

 

C :

 

*Cabires – 20/07/10 * Calatin – 30/11/10 * Cathbad – 23/12/10 * Centaures – 5/04/10 * Cerbère – 15/04/10 * Cérès – 24/02/11 * Cernunnos – 23/08/10 * Cybèle – 14/01/10 *

 

D :

 

*Dagda – 9/09/10 * Daksha – 18/03/11 * Dana – 19/03/11 * Déméter – 1/07/10 * Diancecht – 29/03/10 * Diane – 6/09/10 * Dioscures – 30/09/10 * Durgâ – 18/03/2010 *

 

E :

 

*Ek Chuah – 14/09/10 * Empuse – 11/02/11 * Eole – 11/03/11 * Eôs – 4/03/11 * Epona – 5/02/10 * Erinyes & Furies – 9/03/11 * Esus – 18/11/10 *

 

F :

 

*Faunus – 11/02/10 * Fortuna – 18/02/11 *

 

G :

 

*Gaïa – 29/12/10 * Ganesh – 4/03/10 * Geryon – 19/11/10 * Grannos – 6/01/11 *

 

H :

 

*Hadès – 1/07/10 * Hanuman – 19/03/11 * Hathor – 5/08/10 * Heimdall – 19/02/10 * Hermès – 18/03/11 * Horus – 18/12/09 * Horus (Les quatre fils d’) – 22/12/09 *

 

I :

 

*Indra – 20/04/10 * Itzamna – 19/08/10 * Ixchel & Ixtab – 15/10/10 *

 

J :

 

*Janus – 11/01/11 *

 

K :

 

*Kâlî – 6/10/10 * Kelpie – 17/08/10 * Kukulcan – 12/04/10 *

 

L :

 

*Lakshmî – 24/11/10 * Lamies – 24/02/11 * Larves – 03/02/11 * Leborcham – 21/09/10 * Lémures – 16/02/11 - Loki – 17/03/10 * Lucifer – 18/03/11 * Lycanthrope – 12/07/10 *

 

M :

 

*Macha – 2/08/10 * Mandragore – 17/12/09 * Mars – 4/03/10 * Médée – 29/09/10 * Mercure – 22/09/10 * Mithra – 24/12/09 * Morrigane – 7/10/10 *

 

N :

 

*Nuada-Nodens – 31/08/10 *

 

O :

 

*Oghma-Ogmios – 9/12/09 * Orphée – 27/07/10 *

 

P :

 

*Pan – 11/10/10 * Pazuzu - 02/04/10 * Perséphone – 30/06/10 * Ptah - 26/03/10 *

 

R :

 

*Râvana – 10/08/10 *

 

S :

 

*Samaël – 19/03/11 * Sarasvatî – 16/02/10 * Sérapis – 22/03/10 * Seth – 27/01/10 * Shiva – 23/10/10 (texte en 2 parties) * Smertrios – 18/03/11

 

T :

 

*Thot – 20/11/09 *

 

V :

 

*Varuna – 16.12.10 * Viracocha – 2/09/10 * Vritra – 8/07/10 *

 

3. Par tradition.

 

Tradition celtique.

 

*Arduinna – 21/01/11 * Athirne -12/01/11 * Balor – 27/01/11 * Bélénos – 16/07/10 * Bricriu – 21/04/10 * Brighid – 3/02/10 * Calatin – 30/11/10 * Cathbad – 23/12/10 * Cernunnos – 23/08/10 * Dagda – 9/09/10 * Dana – 19/03/11 * Diancecht – 29/03/10 * Epona – 5/02/10 * Esus – 18/11/10 * Grannos – 6/01/11 * Leborcham – 21/09/10 * Macha - 2/08/10 * Morrigane – 7/10/10 * Nuada-Nodens – 31/08/10 * Oghma-Ogmios – 9/12/09 * Smertrios – 18/03/11

 

Tradition gréco-latine.

 

*Acheloos – 2/03/11 * Adonis – 26/04/10 * Amazones – 18/01/11 * Aphrodite 1/07/10 * Apollon – 4/01/11 * Arès – 30/11/10 * Artémis – 27/01/11 * Asclépios – 11/02/11 * Athéna – 05/02/11 * Bacchus – 12/08/10 * Cabires- 20/07/10 * Centaures – 5/04/10 * Cerbère – 15/04/10 * Cérès – 24/02/11 * Cybèle – 14/01/10 * Déméter – 1/07/10 * Diane – 6/09/10 * Dioscures – 30/09/10 * Empuse – 11/02/11 * Eole – 11/03/11 * Eôs – 4/03/11 * Epona – 5/02/10 * Erinyes et Furies – 9/03/11 * Faunus – 11/02/10 * Fortuna – 18/02/11 * Gaïa – 29/12/10 * Géryon – 19/11/10 * Hadès – 1/07/10 * Hermès – 18/03/11 * Janus – 11/01/11 * Lamies – 24/02/11 * Larves – 03/02/11 * Lémures – 16/02/11 * Lucifer – 18/03/11 * Mars – 4/03/10 * Médée – 29/09/10 * Mercure – 22/09/10 * Mithra – 24/12/09 * Orphée - 27/07/10 * Pan – 11/10/10 * Perséphone – 30/06/10 * Sérapis – 22/03/10 *

 

Tradition germano-nordique.

 

* Heimdall – 19/02/10 * Loki – 17/03/10 *

 

Tradition de l’Inde hindouiste.

 

*Agni – 23/09/10 * Aryaman – 31/03/10 * Ashvin – 26/08/10 * Daksha – 18/03/11 * Durgâ – 18/03/10 * Ganesh – 4/03/10 * Hanuman – 19/03/11 * Indra – 20/04/10 * Kâlî – 6/10/10 * Lakshmî – 24/11/10 * Mithra – 24/12/09 * Râvana – 10/08/10 * Sarasvatî – 16/02/10 * Shiva – 23/10/10 (texte en 2 parties) * Varuna – 16/12/10 * Vritra – 8/07/10 *

 

Démonologie biblique et folklore d’Occident.

 

*Abraxas – 26/11/09 * Asmodée – 19/03/11 * Baphomet – 24/11/09 * Bélial – 18/03/11 * Basilic – 7/12/09 * Kelpie – 17/08/10 * Lucifer – 18/03/11 * Lycanthrope – 12/07/10 * Mandragore – 17/12/09 * Samaël – 19/03/11 *

 

Tradition égyptienne.

 

* Aker – 19/03/11 * Ammit – 18/03/11 * Amon – 9/02/10 * Anubis – 16/11/09 * Apophis – 8/04/10 * Aton – 25/11/10 * Bès – 20/07/10 * Hathor – 5/08/10 * Horus – 18/12/09 * Horus (Les quatre fils d’) – 22/12/09 * Ptah – 26/03/10 * Sérapis – 22/03/10 * Seth – 27/01/10 * Thot – 20/11/09 *

 

Traditions proche-orientales et perse.

 

*Adonis (Phénicie) – 26/04/10 * Ahriman – 18/03/11 * Cybèle (Phrygie) – 14/01/10 * Mithra (Perse) – 24/12/09 * Pazuzu (Sumer) – 02/04/10 *

 

Traditions précolombiennes.

 

*Ah Puch (Maya) – 6/07/10 * Bacab (Maya) – 29/07/10 * Ek Chuah (Maya) – 14/09/10 * Itzamna (Maya) – 19/08/10 * Ixchel et Ixtab (Maya) – 15/10/10 * Kukulcan (Maya) – 12/04/10 * Viracocha (Inca) – 2/09/10 *


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Mercredi 23 mars 2011 3 23 /03 /Mars /2011 20:16

 

 

Voilà seize mois que mon ami, Claude Grivegnée, et moi-même, nous sommes lancés dans l’aventure de la « Grange du Cherchant ». Claude a pris en charge l’aspect technique, soit la mise en ligne, l’organisation et l’illustration de ce blog. Quant à moi, j’ai réalisé l’essentiel la partie épistolaire. Ce travail d’équipe a permis de vous livrer une centaine de textes mythologiques tirés d’un dictionnaire auquel je m’étais attelé il y a bien des années, mais dont j’avais sous-estimé le caractère réellement pharaonique. Toutefois, avoir tant travaillé et ne pas partager au moins une partie de mes écrits, voilà qui me semblait bien dommage. Mais un jour, Claude me parla de son projet de blog et, aussitôt, je lui proposai d’en assurer l’alimentation mythologique et légendaire. Ainsi naquit la « Grange du Cherchant » et ainsi fut-elle animée jusqu’à ce jour.

 

Les textes ne manquent pas, certes non ! Le temps, par contre, a tendance à faire défaut à des gens qui, comme Claude et moi, sont intéressés par de multiples sujets auxquels, des journées de 24 heures et des années de 365 jours, ne permettent pas de consacrer tout le temps qu’ils voudraient. L’obligation de faire des choix, par manque de temps et excès de curiosité –mais la curiosité est-elle jamais excessive ?- , n’est-ce pas justement là, le lot du « cherchant » ? Nous le pensons et voilà pourquoi nous avons décidé de clôturer le blog de la « Grange du Cherchant » pour une durée indéterminée. Le blog, toutefois, restera lisible et les textes qui ont été mis en ligne pourront donc continuer à être consultés.

 

Mais nous ne voulions pas partir comme ça, furtivement, brusquement, sans vous avoir auparavant honoré, vous, nos lecteurs toujours plus nombreux, par une ultime salve de textes mis en ligne ces 18 et 19 mars 2011. Nous avons également voulu vous fournir un double index, par ordre alphabétique et par tradition, qui vous permettra de mieux vous retrouver dans la jungle de nos écrits.

 

Et là, le temps de vous livrer les index promis et de prendre place dans le char tiré par le sanglier magique Slidugtranni, ultime clin d’œil à nos traditions les plus anciennes, celtiques et indo-européennes, et nous voilà repartis, Claude et moi, sur les voies ô combien multiples d’une Quête sans fin !

 

Encore merci pour l’intérêt que vous avez apporté à nos travaux et pour votre fidélité ! Et à bientôt, si Dieu le veut, dirait Claude, si les Dieux (ou la Vie) le veulent, dirais-je pour ma part !

 

 

Eric TIMMERMANS.©

Equinoxe de Printemps 2011.

 

 

 

 

 

 


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Samedi 19 mars 2011 6 19 /03 /Mars /2011 10:28

 

 

 

1. Hanuman, le fils du Vent.

 

On nomme Hanuman : « Qui a de puissantes mâchoires », « Grand Héros » (=Mahâvîrâ), « Sanctifié, Purifié » (=Pâvana) ou encore « Fils du Vent » (=Mâruti). Le dieu singe Hanuman est le fils de la reine des singes Anjanâ et de Vayu, le dieu du vent. Cest cette parenté avec le dieu de vent qui lui permet de se déplacer dans les airs. Hanuman, qui incarne la force, le courage, l’humilité, la droiture, l’espoir, l’intelligence et la dévotion, possède aussi le pouvoir de changer de taille et d’allonger sa queue pour saisir ses ennemis. Il peut également peser très lourd ou, au contraire, se faire plus léger qu’une plume. En outre, Le dieu singe maîtrise parfaitement les Ecritures Sacrées.

 

2. Hanuman, le fidèle de Rama.

 

Hanuman est le « serviteur idéal » du Seigneur Râma, avatar de Vishnu. Il est issu du peuple des singes. Son agilité, sa force physique, sa science et sa fidélité envers Rama, avatar de Vishnu, sont légendaires. Dans le Ramayana, Hanuman, ministre de Sugriva, apparaît comme le commandant de larmée des singes. Avec Râma et Sugriva, Hanuman déposera le roi des singes usurpateur, Valin, puis aidera Râma à délivrer son épouse Sita retenue prisonnière par le roi des démons Râvana. Hanuman est immortel et est doté dune force immense. Il est dit, par exemple, quil aurait bondi en un seul saut de lHimalaya sur lîle de Lanka, fief de Ravana. Arrivé dans lîle, il remit à Sita, retenue prisonnière, lanneau que lui avait confié Râma, ce présent annonçant larrivée prochaine de son époux. De fait, Râma et larmée des singes, de même quune armée dours, ayant construit un immense pont, envahirent lîle et attaquèrent Râvana, tandis quHanuman, à l’aide de sa queue enflammée par le démon, mettait le feu à la capitale de ce dernier. Lorsque Lakshmana, le frère de Rama, fut grièvement blessé, cest Hanuman qui, envoyé par le médecin royal, partît en quête de lherbe médicinale indispensable à sa guérison. Mais, ne parvenant pas à la reconnaître, Hanuman rapporta, en volant, la colline tout entière jusquau champ de bataille! Après la victoire contre Râvana, Râma accorda à Hanuman le droit de vivre aussi longtemps que ses hauts faits resteraient vivaces dans la mémoire des hommes, ce qui équivaut à limmortalité, la mémoire de Râma étant elle-même immortelle.

 

3. Visualisation.

 

On représente Hanuman comme un singe robuste dont la poitrine est ornée du tatouage de Sita et de Rama en signe de dévotion envers cet avatar de Vishnu auquel Hanuman est totalement dévoué. Son visage est large et rouge, et sa queue est immense. La massue dor que lon trouve à ses côtés et que lui seul peut porter est le symbole de ses nombreuses qualités.

 

Eric TIMMERMANS. ©

Bruxelles, le 16 mars 2011.

 

Sources : Grand dictionnaire des mythes et des symboles, Nadia Julien, Marabout, 1997.

 


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Samedi 19 mars 2011 6 19 /03 /Mars /2011 10:20

 

 

                                        

 

1. Asmodée : étymologie.

 

Asmodée est la forme grecque du nom dun démon biblique provenant soit du perse azmuden (=tenter), soit de lhébreu schâmad (=perdre ou destructeur). Lorigine perse semble la plus probable. Ainsi, dans le livre de lAvesta Aêshmô-daêva, Aêshmadaêva ou encore Aeshma =la Fureur : Le Dieu du Mal, p. 16) apparaît bien comme lun des démons du parsisme. Cest un esprit démoniaque qui, pour les Perses, personnifiait la Colère, la Fureur. Il est dit dailleurs que les Daêva (démons) décidèrent de sunir à Aêshma pour corrompre par elle lexistence des hommes. En hébreu, on le nomme Asmodaï, Asmoday ou Ashmedaï, ce qui signifie « Celui qui fait périr ». Cela fait référence à lhistoire dAsmodée telle quelle nous lest présentée dans le Livre de Tobie.

 

2. Asmodée dans le Livre de Tobie.

 

Sarah (ou Sarra), une fille de Raguel (ou Ragouël), vivait à Ecbatane, une ville des Mèdes et elle avait été mariée successivement à sept maris qui tous avaient trouvé la mort. Aussi laccusa-t-on bientôt dêtre elle-même responsable de leur mort.

 

En vérité, les maris de Sarah avaient été tués par le démon Asmodée (Tobie 3 : 8).

 

Crampon : « Car elle avait été successivement donnée en mariage à sept maris, et un démon, nommé Asmodée, les avait fait mourir aussitôt quils étaient venus auprès delle. »

 

Jérusalem : « Il faut savoir quelle avait été donnée sept fois en mariage, et quAsmodée, le pire des démons, avait tué ses maris lun après lautre, avant quils se soient unis à elle comme de bons époux. Et la servante de dire : « Oui, cest toi qui tues tes maris ! En voilà déjà sept à qui tu as été donnée, et tu nas pas eu de chance une seule fois ! »

 

Larchange Rafaël fut donc envoyé pour délivrer Sarah du terrible démon (Tobie 3 : 17 ou 24-25) et pour lui permettre de se marier à Tobie, fils de Tobit. Tobie expulsa finalement le démon en lobligeant à respirer la fumée des entrailles brûlées dun poisson.

 

Crampon (3 : 24-25) : « Ces deux supplications furent exaucées en même temps devant la gloire du Dieu souverain ; et le saint ange du Seigneur, Raphaël, fut envoyé pour guérir Tobie et Sara, dont les prières avaient été prononcées en même temps en présence du Seigneur. »  

 

Jérusalem (3 : 17) : « Et Raphaël fut envoyé pour les guérir tous les deux. Il devait enlever les taches blanches des yeux de Tobit, pour quil voie de ses yeux la lumière de Dieu ; et il devait donner Sarra, fille de Ragouël, en épouse à Tobie, fils de Tobit, et la dégager dAsmodée, le pire des démons. Car cest à Tobie quelle revenait de droit, avant tous les autres prétendants. A ce moment-là, Tobit rentrait de la cour dans la maison ; et Sarra, fille de Ragouël, de son côté, était en train de descendre de la chambre. »

 

Tobie expulsa finalement le démon en lobligeant à respirer la fumée des entrailles brûlées dun poisson. Ce moyen pour chasser le démon fut donné par Rafaël à Tobie dans les versets qui évoquent la halte au bord du Tigre et la capture dun poisson qui avait tenté de dévorer Tobie ou, à tout le moins, davaler son pied (Tobie 6 : 8-9).

 

Crampon : « Lange lui répondit : « Si tu poses sur des charbons une petite partie du cœur, la fumée qui sen exhale chasse toute espèce de démons, soit dun homme, soit dune femme, en sorte quils ne peuvent plus sen approcher. Et le fiel sert à oindre les yeux couverts dune taie, et il les guérit. »

 

Jérusalem : « Il répondit : « On brûle le cœur et le foie du poisson, et leur fumée semploie dans le cas dun homme ou dune femme, que tourmente un démon ou un esprit malin : toute espèce de malaise disparaît définitivement sans laisser aucune trace. Quant au fiel, il sert donguent pour les yeux, quand on a des taches blanches sur lœil : il ny a plus quà souffler sur les taches pour les guérir. »

 

Asmodée senfuit alors en Egypte par les airs où Rafaël le poursuivit avant de lenchaîner dans le désert de la Haute-Egypte (Tobie 8 : 2-3).

 

Tobie 8 : 2-3 :

 

-Crampon : « Tobie, se ressouvenant des paroles de lange, tira de son sac une partie du foie et la posa sur des charbons ardents. Alors lange Raphaël saisit le démon et lenchaîna dans le désert de la Haute-Egypte. »

 

-Jérusalem : « Tobie se souvint des conseils de Raphaël, il prit son sac, il en tira le cœur et le foie du poisson, et il en mit sur les braises de lencens. Lodeur du poisson incommoda le démon, qui senfuit par les airs jusquen Egypte. Raphaël ly poursuivit, lentrava et le garrotta sur-le-champ. »

 

Ce récit a inspiré à Rembrandt lœuvre intitulée LAnge Raphaël quittant Tobit et sa famille (exposé au Louvre) et dans le Paradis perdu, John Milton fait également référence à cette légende biblique qui met en scène lange Raphaël apprenant à Tobie le moyen de chasser Asmodée : « Il en était plus satisfait que ne le fut Asmodée de la fumée du poisson qui le chassa, quoique amoureux, dauprès de lépouse du fils de Tobie ; la vengeance le força de fuir de la Médie jusquen Egypte, où il fut fortement enchaîné. » (IV, 168-171).  

 

3. Asmodée dans la tradition hébraïque.

 

3.1. La tradition hébraïque considère le plus souvent quAsmodée-Ashmedaï « est le fils de Naamah, la sœur de Tubal-Caïn, mais certains pensent quil est le fils du roi David et dAgrath, la reine des démons. » (La kabbale, G. Scholem, p.492).

 

3.2. On dit également que si Lilith la Vieille est lépouse de Samaël, Lilith la Jeune, elle, serait lépouse dAshmedaï.

 

3.3. Lon dit aussi quAsmodée serait lun des sept démons Shedim engendrés par lunion dAdam et Lilith.

 

3.4. Asmodée-Ashmedaï, qui est également considéré selon certaines sources comme lange gardien dIshmael, apparaît dans la Kabbale juive sous les traits dun « roi des démons ». Il est même précisé que les démons qui sont sous la domination dAshmedaï et qui sont dailleurs susceptibles daider les hommes et de leur accorder des faveurs, « reconnaissent la Torah et sont considérés comme des « démons juifs » (La kabbale, G. Sholem, p.490) Ainsi faut-il croire quAsmodée-Ashmodaï est parvenu à se libérer des chaînes dont larchange Rafaël avait usé pour lemprisonner en Egypte, vu quune tradition hébraïque considère que ce « roi des démons » mourut en martyr avec les juifs de Mayence, en 1096 ! Une autre thèse kabbaliste considère « quAshmedaï est simplement le titre de la fonction du roi des démons, exactement comme Pharaon est le titre de la fonction du roi dEgypte, et numériquement équivalent à Pharaon. » (La kabbale, G. Scholem, p.490).  

 

3.5. Dans un texte rabbinique nommé le Testament de Salomon, Asmodée apparaît comme un ennemi de lunion conjugale.

 

3.6. On dit aussi quAsmodée parvînt à détrôner le roi Salomon lui-même, mais que ce dernier, grand magicien, finit par le vaincre et à lobliger à bâtir le temple de Jérusalem sans utiliser un seul instrument métallique.

 

3.7. On voit encore en Asmodée un Ange de la destruction.

 

3.8. Asmodée serait aussi lantique serpent qui séduisit Eve dans le jardin dEden.

 

3.9. Asmodée est parfois confondu avec Samaël et apparaît, dans les croyances populaires, comme un démon de la luxure, cruel et débauché.

 

4. Asmodée dans la démonologie chrétienne et visualisation.

 

4.1. Dans le Tractatus de confessionibus maleficorum et sagarum, Peter Binsfeld (1540-1603), évêque suffragant de Trèves, prétend quà chaque péché capital correspond un démon particulier. A la Luxure correspond Asmodée. Il sème donc lerreur et la dissipation, le trouble dans les ménages et, jaloux des jeunes filles, il met tout en œuvre pour faire échouer leur mariage, ainsi quil le fit, comme nous lavons vu, avec Sarah. Les théologiens chrétiens  opposent à neuf ordres danges, neuf ordres de démons. Ils désignent Asmodée comme le chef de lOrdre des Vengeurs des crimes.

 

4.2. Dans sa Pseudomonarchia daemonum, Jean Wier le décrit comme un roi puissant doté de trois têtes : la première ressemble à celle dun taureau, la seconde à celle dun homme et la troisième à celle dun bélier. Il est doté dune queue de serpent et de pieds doie. Son haleine est enflammée. Il chevauche un dragon et porte dans ses mains un étendard et une lance. Cest vraisemblablement de cette description haute en couleur que lon sest inspiré pour représenter Asmodée dans la version illustrée du Dictionnaire infernal (1863) de Collin de Plancy.

 

4.3. On dit quAsmodée, que lon considère comme le surintendant des maisons de jeu de lEnfer, commande à 72 (ou 40) légions de démons. Il est dit, à ce sujet, que des noms ont été donnés aux chefs des armées (ou légions) des démons mais non aux membres de celles-ci, voilà pourquoi on ne parlera que d « Asmodée et ses armées », par exemple, sans mention des innombrables démons placés sous son commandement. On dit aussi dAsmodée quil enseigne aux hommes la manière de se rendre invisibles, de même quil leur apprend la géométrie, larithmétique, lastronomie et les arts mécaniques.

 

4.4. Au 17ème siècle, dans le contexte de laffaire Gaufridy, affaire de possession diabolique au moins aussi célèbre que celle de Loudun, Asmodée apparaît comme lun des 6.666 démons ( !) qui possèdent Madeleine Bavent. Lon soumit aussi Louis Gaufridy à lépreuve de la recherche des marques diaboliques. Les zélés inquisiteurs ne tardèrent évidemment pas à en trouver autour des parties génitales dudit Gaufridy et den attribuer lorigine à Asmodée lui-même, démon qui apparaissait, dans cette énième affaire de cruelle supercherie religieuse, comme étant du plus haut rang

 

4.5. En outre, à la même époque, nous retrouvons Asmodée dans laffaire des religieuses possédées de Loudun (1632-1634) Sous le nom dAsmodée des Trônes, le démon possède, avec huit comparses également démoniaques, la Supérieure du Couvent des Ursulines, sœur Jeanne des Anges, alias Jeanne de Belciel qui, dans sa confession, dit notamment dAsmodée que « ce malheureux esprit se présentait à moi en des formes horribles, et, comme il voyait que je ny prenais pas plaisir par le secours de la grâce, il me battait avec une telle violence que souvent jen étais toute meurtrie. » Mais Asmodée fut finalement exorcisé le 8 octobre 1632. Dans la même affaire, on voit Asmodée intervenir dans le cas de possession de sœur Agnès. Le démon occupait, dit-on, une place sous le cœur de cette religieuse. Son signe de sortie fut ordonné par lexorciste car le démon refusait de signer sa sortie, à savoir, dessiner une fleur de Lys sur la main gauche de la religieuse. On prétendit même avoir retrouvé une lettre dAsmodée signant ladite sortie !

 

4.6. A la Bibliothèque nationale de Paris est conservé un manuscrit, daté de 1729, qui nest autre quun pacte signé par l « Archidiable Asmodée » lui-même ! (LAnge déchu, Centini, p. 127).

 

4.7. Avec Astaroth, Asmodée sera invoqué au cours d’une messe noire, menée pour le compte de la marquise de Montespan par l’abbé Guibourg, qui qualifiera ces deux démons de « princes de l’amitié » et qui leur sacrifiera un enfant, afin que ladite marquise de Montespan soit la seule bénéficiaire des attentions du roi Louis XIV.

 

4.8. Ajoutons que le nom dAsmodée est repris dans la liste des démons établie par lEglise au canon 7 du Concile de Braga (560-563).

 

 

Eric TIMMERMANS©

Bruxelles, le 16 mars 2011.

 

 

Sources : Bible de Jérusalem, Cerf, 1998 / Bible du chanoine Crampon, Société de Saint Jean lEvangéliste, 1939 / Dictionnaire du Diable, Roland Villeneuve, Omnibus, 1998 / Dictionnaire du diable, des démons et sorciers, Pierre Ripert, Maxi-Poche Références, 2003 / Dictionnaire encyclopédique de la Bible, Pierre Norma, Maxi-Poche Références, 2001 / La kabbale, Gershom Scholem, Cerf, 1998 / LAnge déchu, M. Centini, Editions de Vecchi, 2004 / Le Dieu du Mal, Hervé Rousseau, PUF, 1963 / Le Paradis perdu, John Milton, NRF-Gallimard, 2007 / Le Prince de ce monde, Nahema-Nephtys et Anubis, Editions Savoir pour Être, 1993 / Les Diables de Loudun, Aldous Huxley, Plon, 1979 / Livres des superstitions (mythes, croyances et légendes), Eloïse Mozzani, Robert Laffont, Coll. « Bouquins », 1995.

 

 


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