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26 août 2010 4 26 /08 /août /2010 15:27

 

 

 

 

 

1. Les Ashvin dans la tradition védique.

 

Les Ashvin (ou Ashvinau, Ashvini Devas, Asvin) sont les « Jumeaux célestes », les « Chevaliers du Ciel ». Ils sont les fils du Soleil et dune nymphe nommée Sanjnâ qui prit la forme dune jument. Cest là qu’il faut trouver l’origine de leur nom dérivé du mot sanskrit ashva (=cheval).

 

Ainsi, il arriva que le Soleil Vivasvant cherchant son épouse Sanjnâ, trouva celle-ci dans une forêt où elle se livrait à des austérités. Sanjnâ se changea en jument, Vivasvant prit la forme dun étalon et de leur union naquirent les Ashvin. Ceux-ci représentent, dans le ciel, les premiers rayons du Soleil, lAube.

 

Les Ashvin, qui peuvent être comparés aux Dioscures grecs, vont sur un char doré tiré par des chevaux et des oiseaux : « Les deux Asvin en effet sont issus de la même matrice et ainsi en est-il du combattant en char et de son cocher : ils sont de la même matrice puisquils se tiennent tous les deux dans le même char. » (Varenne)

 

Les Ashvin sont beaux, vifs, agiles. On les considère comme les émissaires de l’Aurore. On leur attribue également des pouvoirs thérapeutiques merveilleux et une immense bienveillance pour les humains. Ce sont des divinités bienfaitrices.

 

Dans le Mahabharata, les Ashvin sont les géniteurs de Nakula et Sahadeva, les jumeaux des frères Pândava. Nakula et Sahadeva sont nés de lunion des Ashvin avec Madrî, la seconde épouse de Pându.

 

2. Les Ashvin dans les Veda.

 

Asvalayana Srautasutra 4.13 (extraits) :

 

« Voici lincomparable Aurore

qui luit, la chérie, du haut du ciel :

je veux, ô Asvin, vous adresser magnifique louange,

à vous, les miraculeux fils de la lumière,

les indicateurs des trésors, les Dieux

à qui la pensée pieuse fait découvrir la richesse. »

 

« De cette obscurité franchie

nous avons atteint lautre rive,

en servant les Dieux et leur adressant la louange ;

avec largesse, vers les premiers-nés riches en merveille,

vers les immortels Asvin

monte lhymne dinvocation. »

 

« Les pouvoirs miraculeux par lesquels,

ô mâles, à lenfant trouvé aveugle et boiteux

vous avez donné de voir et de marcher,

par lesquels vous avez délivré la caille que dévorait le loup,

avec ces secours, ô Asvin, venez à nous ! »

 

Eric TIMMERMANS©

Bruxelles, le 26 août 2010.

 

Sources : Les Cinq Livres de la Sagesse Pancatantra, Alain Porte, Editions Philippe Picquier / Le Veda, Jean Varenne, Les Deux Océans, 2003 / LInde mystique et légendaire, Louis Frédéric, Editions du Rocher, 1994.

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23 août 2010 1 23 /08 /août /2010 16:40

 

 

 

 

 

1. Cernunnos, un dieu cornu non diabolique.

 

Cernunnos (ou Cernunno, Kernunnos) nest en aucun cas un diable ni un démon. Cest un dieu celtique, et peut-être même préceltique, dont le nom signifie le « Cornu ». Et cest justement son aspect de dieu cornu qui, à la suite de Pan, la fait assimiler au Diable par le christianisme. On voit, certes, en Cernunnos, un « Seigneur des Enfers », mais cette qualité infernale, comme dans le cas du dieu grec Hadès, par exemple, doit être prise dans le sens de « monde des morts » et non comme le synonyme d’un royaume des peines perpétuelles tel que le conçoit le christianisme. Cernunnos est aussi un Maître des animaux, un Roi des forêts, un dieu de la Chasse qui incarne le renouveau de la Nature : les moissons ne proviennent-elles pas du domaine souterrain où règne ce dieu redoutable ? Cest également un dieu de la Magie. En tous les cas, Cernunnos est une divinité importante qui est parfois identifiée au Dis Pater, cest-à-dire, le Souverain de l’univers souterrain qui règne sur le monde des Morts (que lon enterre) et qui patronne la fertilité (les grains germent dans le sol). Dans la mythologie galloise, la massue de la Vie et de la Mort (on se réfèrera également, à ce propos, au Sucellos gaulois et au Dagda irlandais) se retrouve dans les mains dun dieu gigantesque, flanqué dun cerf, qui règne sur tous les animaux et, sans doute, sur tous les êtres vivants. Il sagit vraisemblablement là dun proche parent de Cernunnos.

 

2. Visualisation.

 

2.1. Cernunnos est souvent représenté accompagné dun cerf ou/et porteur de bois de cerf sur le front ou/et doreilles animales aux tempes. Il est aussi généralement représenté âgé, barbu et moustachu, assis en tailleur et arborant un torque autour du cou.

 

2.2. Valcamonica : Cernunnos apparaît pour la première fois sur une peinture rupestre de Valcamonica attribuée à lâge du fer. Il est représenté debout, vêtu dune longue tunique et couronné de bois de cerf. Dans une main il tient un torque et dans lautre un serpent.

 

2.3. Gundestrup : Sur le célèbre chaudron de Gundestrup, Cernunnos trône sur une des plaques intérieures dudit chaudron, assis en tailleur, la tête surmontée de deux immenses bois de cerf : il tient dans la main droite un torque, dans la main gauche un serpent « à tête de bélier » (comme à Valcamonica). Un cerf se tient à ses côtés. Animaux sauvages et poissons lentourent.

 

2.4. Autun : A Autun (Sommerécourt), deux serpents sapprochent de la coupe que Cernunnos tient dans ses mains.

 

2.5. Reims : A Reims, Cernunnos est représenté la tête ornée de bois de cerf, trônant en majesté, les pieds repliés sous lui, entre Apollon et Mercure. Le dieu libère dun sac un « flux » qui semble fait de grains ou de pièces de monnaie. Un cerf et un taureau à tête de griffon sy nourrissent ou sy désaltèrent. Un rat placé au-dessus du groupe, semble attendre, immobile.

 

2.6. Pilier des Nautes (Paris) : A Paris, sur le pilier des Nautes des Parisii, Cernunnos est figuré sur le « dé » Castor-Pollux-Smertrios. On voit le buste de Cernunnos, les oreilles pointues, chauve et barbu, les cornes ornées de deux torques (ou de bracelets). Cette représentation est identifiée par linscription [C] ERNUNNOS, règne de Tibère (14-37 de lère chrétienne).

 

2.7. Montagnac : A Montagnac (Hérault), une inscription gallo-romaine datant du 3ème siècle avant lère chrétienne est dédiée au dieu dAlisontea nommé Karnonos, peut-être un autre nom de Cernunnos.

3. Un aspect du Chasseur infernal ?  

 

Hélas, du fait de la perte de la tradition orale, les mythes qui se rattachent à Cernunnos ne sont pas parvenus jusquà nous. Peut-être existe-t-il toutefois un rapport entre Cernunnos et le Chasseur infernal Hellequin, meneur de la célèbre « mesnie » du même nom ? Cela est assez incertain mais mérite dêtre souligné en suivant les réflexions dHenri Rey-Flaud et de Patrice Lajoye.

 

« Il nest pas exclu quau cours de sa lente gestation, durant la longue nuit qua connu lOccident médiéval, depuis la fin de la période romaine jusquà la résurrection de lan Mil, le rituel se soit enrichi dapports originellement étrangers au mythe primitif. Ainsi a pu être récupérée par le charivari (mais aucune certitude nest ici possible) la figure du dieu celtique Cernunnos, le dieu aux ramures de cerf, dieu de la reproduction, dont les cornes caduques repoussaient à chaque printemps nouveau, donnant lieu à des cérémonies sacrées qui rappellent étrangement les rites charivariques : « Chaque année (à cette époque), les Gaulois allaient chasser des cerfs et des biches dans la forêt. Ils les sacrifiaient, les dépouillaient, saffublaient de leurs peaux encore fraîches et se livraient ainsi déguisés à des danses effrénées ». Le culte du dieu-cerf celtique offrait donc une figure prédestinée, tout à fait propre à supporter les instincts des « sociétés de jeunes », dans leurs raids contre les biens et surtout contre les femmes de ceux quils méprisaient. » (Le Charivari, Rey-Flaud, p. 79-80)

 

Mais il est également possible que le rapport entre Cernunnos et Hellequin ne soit finalement quétymologique, comme nous lexplique Patrice Lajoye (« Hellequin, le dieu au bois de cerf et le Dagda », Patrice Lajoye, Bulletin de la Société de Mythologie Française n°202, 1er trimestre 2001, p.2 à 13). « Quel rapport peut-il donc bien y avoir entre (C) ernunnos et la mesnie Hellequin ? Peut-être tout simplement le mot « hellequin » lui-même. On a voulu faire de Hellequin un dérivé du nom dun personnage historique mais le plus souvent ce mot sest vu affubler dune étymologie germanique, ce qui nest pas logique puisque « hellequin », sous ses différentes formes, ne se rencontre quen pays de langue doïl ou dans les pays actuellement de langue germanique mais qui furent brittoniques ou gaulois avant les Grandes Invasions (Flandres et Angleterre). Jamais « hellequin » na été rencontré dans des domaines purement germaniques. Un étymon britto-gaulois soumis à des influences germaniques durant le haut Moyen Âge est par conséquent plus probable. »

 

Patrice Lajoye souligne, en outre, que « Or sil y a bien un dieu gaulois dont le nom est remarquablement proche de cette forme, cest le célèbre (C ) ernunnos du pilier des Nautes de Paris, le dieu au bois de cerf. La première lettre de ce nom na jamais été attestée, elle a été rétablie par comparaison avec le mot breton signifiant « corne ». En tout cas, deux hypothèses se posent. Ou bien le « C » a bel et bien existé mais a fini par chuter par linfluence du germanique « Hern » (« corne »), ou bien celui-ci na jamais existé et alors il faut lire Hernunnos. » () « Par contre Herne le chasseur, esprit qui hante la forêt de Windsor, dont parle William Shakespeare dans ses « Joyeuses Commères », synthétise bien les deux personnages que sont Hellequin et (C ) ernunnos. Cest un chasseur fantôme, donc cest aussi un anti-pourvoyeur (il fait flétrir les plantes et tarir le lait des vaches), ce qui est une diabolisation de labondance. Enfin il possède comme attribut majeur des bois de cerf. »

 

Eric TIMMERMANS©

Bruxelles, le 23 août 2010.

 

 

Sources : Bulletin de la Société de Mythologie Française n°202, 1er trimestre 2001 / Dictionnaire historique des Celtes, Pierre Norma, Maxi-Poche Histoire, 2003 / Essai de dictionnaire des dieux, héros, mythes celtes, Claude Sterckx, Société Belge d’Etudes Celtiques (SBEC), 1998 / Grand dictionnaire des symboles et des mythes, Nadia Julien, Marabout, 1997 / LAnge déchu, M. Centini, Editions de Vecchi, 2004 / Lascension dune dynastie gauloise La gloire des Sedatii, G.-C. Picard, Perrin, 1990 / Les Celtes : fureur et immortalité, G. Nenzioni et F. Giromini, Papermint, 1979 / Les Celtes Histoire et Dictionnaire, Venceslas Kruta, Robert Laffont, 2000 / Les Celtes Les dieux oubliés, Marcel Brasseur, Editions Terre de Brume, 1996 / Le Charivari Les rituels fondamentaux de la sexualité, Henri Rey-Flaud, Payot, 1985 / Lépopée celtique dIrlande, Jean Markale, Petite Bibliothèque, Payot, 1973 / Nouveau dictionnaire de mythologie celtique, Jean Markale, Pygmalion, 1999.  

 

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19 août 2010 4 19 /08 /août /2010 12:44

 

 

 

1. Itzamna Dieu Suprême créateur de la tradition maya ?

 

En 1950 et en 1970, Thompson traduit le nom dItzam Na par Maison de lIguane, traduction que conteste Claude-François Baudez dans son histoire de la religion des Mayas (p.360 et 361).

 

Itzamna est le Dragon Céleste et lune des principales divinités supérieures du panthéon maya, vraisemblablement même la première du point de vue du rang, si lon en croit certaines sources (Thompson) : Itzamna est ainsi souvent représenté sur un trône céleste régnant sur les autres dieux.

 

Dans les documents dépoque coloniale, Itzamna, identifié dès le XVIe siècle, est assimilé au Seigneur Suprême des Cieux,

 

Toutefois, il semble quà lorigine ce rôle était attribué à un autre dieu nommé Hunab Ku, qui ne serait autre que le père dItzamna et lépoux de la déesse Ix Chel. Dautres sources désignent ce dieu sous le vocable de Hunab (=unique) Izamana, soit un aspect dItzamna.

 

Ce dieu Hunab Ku, qui ne pouvait, dit-on, être représenté ( !), était limité dans le rôle exclusif de créateur. Autrement dit, dès que fut accomplie son œuvre créatrice, plus rien ne rattacha ce dieu à lhumanité, et cest son fils, Itzamna (ou Itzamna sous une autre forme) qui, aux yeux de cette dernière, assuma le rôle de Dieu Suprême Créateur.

 

Itzamna apparaîtrait donc comme lUnique, la divinité unificatrice par excellence, le dieu qui réunit les contraires, les grandes oppositions cosmiques, le ciel diurne et le ciel nocturne. Ainsi Itzamna est-il aussi associé à lArbre du Monde qui réunit le Ciel, la Terre et les Enfers (monde souterrain). Itzamna est lOiseau représentant les Cieux, de même que le Serpent incarnant la Terre. Il est aussi le Seigneur des Enfers.

 

En outre, cette double référence à lOiseau et au Serpent nest pas sans rappeler Quetzalcoatl, le célèbre « Serpent à Plumes » des Aztèques qui fut vraisemblablement intégré dans le panthéon maya sous le nom de Kukulcan, ce dernier nétant pas, contrairement à Itzamna, un dieu spécifiquement maya.

 

Itzamna, créateur de toutes choses, a également édicté les lois du monde maya. Il est aussi linventeur de lEcriture (ce qui est confirmé par les codex), de lAgriculture, des Calendriers et de bien dautres choses utiles à lhumanité.

 

Itzamna serait également connu sous le nom de « dieu D » selon la classification typologique de Paul Schellhas (1897) qui, arbitrairement et avec une extrême prudence, désigne les dieux mayas par une lettre, usage qui sest maintenu parmi les « mayanistes » contemporains.

 

Ce Dieu D apparaît effectivement dans les codex, sous laspect dun vieillard édenté et est, avec G, N et L, lun des dieux âgés du panthéon maya.

 

« Il porte devant le front un signe akbal doù pend une guirlande. » En outre, le glyphe de son nom reproduit sa tête, précédée du signe akbal (= noir, obscurité) et guirlande, et suivie du postfixe na. (Baudez, Une histoire de la religion des Mayas, p.363).

 

« Le nom dItzam Na serait composé à partir ditz, un emprunt bien hypothétique au nahuatl itztli, « obsidienne ». Cette interprétation permet à Taube de voir dans le cartouche avec akbal un miroir dobsidienne utilisé dans la divination. Akbal est en fait très largement utilisé dans liconographie pour indiquer ce qui est associé à la mort et à linframonde, mais nest pas suffisant pour identifier les formes classiques de dieu D. » (Idem, p.364).

 

De fait, si la description du dieu D correspond bien à celle dItzamna telle que nous lavons décrit, Claude-François Baudez doute, quant à lui, quItzam Na ait figuré dans les codex sous les traits de ce dieu D, équivalence établie sur base de divers arguments avancés par Thompson.

 

« La principale raison qui me fait douter du dieu D comme Itzam Na est labsence dans ses traits comme dans son glyphe de quoique ce soit qui évoquerait sa nature cosmique, céleste ou terrestre. Je partage lopinion de Seler qui, après avoir rencontré au cours de son article diverses difficultés au sujet de lidentité dItzam Na, finit par écrire : « Il est probable que le nom dItzam Na avait un sens plus général et que, avec quelques adjectifs (adjuncts) complémentaires, il était utilisé pour différents dieux. Landa lui-même nomme, outre un Itzamna proprement dit, un Itzamna Kauil et un Kinich Ahau Itzamna. Ce dernier, nous lavons vu, nest quune forme du dieu solaire. Le second, Itzamna Kauil paraît, si lon en croit le dessin du codex Tro [Madrid], être identique au dieu avec le signe kan [le dieu du maïs]. » (Idem, p.364).

 

2. Itzamna, une divinité unique contestée.

 

Selon certains auteurs (Baudez), lassimilation du nom dItzamna à lidée dun dieu unique créateur suprême avait surtout lavantage de flatter le monothéisme de lenvahisseur chrétien.

 

Ainsi, la Revelacion de Valladolid y Tiquinbalon prétend quavant lintroduction du polythéisme, assimilé par les chrétiens à lidolâtrie, les Mayas vénéraient une divinité unique nommée Hunab Izamana que nous reprenons plus haut sous le vocable Hunab Ku.

 

« Pour Las Casas, Izona (Itzamna) était Dieu le Père, créateur de toutes choses. Dans le dictionnaire de Vienne, il apparaît comme le dieu principal, incorporel et créateur de toutes choses. » (Une histoire de la religion des Mayas, Baudez, p.360).

 

Cette divinité prétendument « unique » aurait été connue sous de multiples noms tels que Itzamna Kauil (=Récolte Abondante), Itzamna Tul (=Lapin, un aspect malveillant du ciel qui retient les pluies et provoque la sécheresse), Itzamna Kinich Ahau (=Seigneur à visage de ciel, soit le Soleil), Itzamna Kabul (=Créateur), Itzamna Cab ou Cab Ain (=Terre ou Terre Crocodile), Bolon Tsakab (=Neuf ou Nombreuses Générations).

 

Malgré les réserves de Baudez à légard de la traduction réalisée par Thompson qui, en outre, identifie, en 1939, un des aspects dItzamna au « Dieu K » soit Bolon Tsakab- du nom dItzamna par « maison de liguane », dont nous ne reprendrons pas ici toute largumentation étymologique, voici ce que lauteur ajoute à propos du caractère prétendument monothéiste dItzamna: « il est fort probable que Thompson ait eu raison de penser que Itzam Na/Itzam Cab ait formé une paire correspondant à la représentation Ciel/Terre de lépoque classique. Si Itzam Na désignait au début du XVIe siècle le dieu du ciel ou le ciel, on peut sattendre quil ait pu acquérir un statut exceptionnel avec les missionnaires ; si ceux-ci cherchaient à faire dire aux Indiens le nom dun dieu unique, créateur, qui correspondrait à « notre Père qui êtes aux cieux », le nom dItzam Na leur a été donné tout naturellement en réponse à leurs interrogations. » (Baudez, Une histoire de la religion des Mayas, p.362).

 

3. Visualisation et iconographie.

3.1. Sous sa forme anthropomorphe, Itzamna est représenté sous les traits dun vieil homme édenté (ou doté dune dent unique), aux joues creuses, au nez aquilin, aux yeux carrés comparables à ceux du dieu Soleil. Dans ses cheveux, il porte un bijou en forme de mollusque sortant de sa coquille et sur son front, il porte un genre de miroir en forme de fleur, retenu par un ruban orné de perles.

 

3.2. Le symbole du ruban perlé associé au motif floral est connu sous le nom de Itz qui signifie « nectar » ou encore « rosée ». Voilà pourquoi il est dit dItzamna quil est la Rosée du Ciel et des Nuages, eau sacrée utilisée par les Mayas pour leurs rituels et leurs cérémonies. Ainsi, sur plusieurs peintures, représente-t-on Itzamna sous la forme dun prêtre distribuant la rosée à laide dun nez en forme de serpent.

3.3. Sur les hauts plateaux centraux, Itzamna est représenté avec la figure dun serpent.

 

3.4. Sur un verre maya de la période classique, un dessin montre les héros jumeaux du Popol Vuh, Hunahpu et Ixbalanque, saluant Itzamna dans son rôle de Seigneur des Enfers.

 

Eric TIMMERMANS©

Bruxelles, le 19 août 2010.

 

Sources : Grand dictionnaire des symboles et des mythes, Nadia Julien, Marabout, 1997 / The Mayan gods – Dante - The Maya World Publisher’s, Musée de Mérida, Mexico / Une histoire de la religion des Mayas, Claude-François Baudez, Albin Michel, 2002.

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17 août 2010 2 17 /08 /août /2010 12:52

 

 

 

 

 

 

 

1. Kelpie, un étrange homme-cheval aquatique.

 

Le Kelpie (ou Kelby) est un génie mi-homme, mi-cheval, qui hante les cours deau et les lacs dEcosse. Sa tête et ses jambes sont du cheval, alors que son torse et ses bras sont humains. Il peut également prendre lapparence dun bel adolescent afin de séduire les jeunes filles égarées et les dévorer par la suite. Plus généralement, il propose aux personnes quil rencontre de traverser les cours deau sur son dos, suite à quoi il sempresse de les noyer et de les dévorer.

 

2. Linondation du Lough Neagh.

 

Les croyances portant sur le Kelpie, et sur les créatures aquatiques surnaturelles en général, renvoient à la symbolique païenne et celtique de leau douce et de ses habitants, comme frontière et gardiens de lau-delà. Ainsi, par exemple, peut-on citer le cas du récit irlandais de Linondation du Lough Neagh. Un jour Ecca et sa troupe sinstallèrent sur les terres du dieu Oengus, mais celui-ci leur intima lordre de partir. Recrus de fatigue, ils refusèrent dobtempérer et Oengus fit périr tous leurs chevaux. Le lendemain, Ecca lui fit damers reproches, si bien que le dieu finit par lui donner un grand cheval pour porter les bagages de la troupe. Toutefois, il leur recommanda de faire en sorte que le grand coursier soit toujours en train de marcher au pas et de ne jamais lui donner un instant de repos, car il serait alors assurément la cause dune mort certaine. La troupe dEcca trouva bientôt un endroit où sétablir et oublia les recommandations dOengus. Au moment où le cheval sarrêta, une fontaine magique jaillit sous ses pas. Ecca fit construire une maison autour de la fontaine et chargea une femme de la surveiller, lui recommandant notamment de garder la porte strictement fermée et de ne louvrir que lorsque les gens de la forteresse voisine, quil fit bâtir, viendront chercher de leau. Malgré les prédictions et les mises en garde, la femme oublia la recommandation et leau sengouffra immédiatement dans la plaine pour former un grand lac. Ecca et ses gens furent tous submergés par les flots et périrent noyés, tous à lexception de Curnan le Simple (qui avait prédit le désastre), dun certain Conang et de Libane. Celle-ci fut également submergée, mais ne mourut pas. Elle vécut, dit-on, un an dans sa chambre sous le lac avec pour seul compagnon son petit chien. Le thème du palais sous leau est très répandu dans les textes celtiques, ce qui na pas empêché les transcripteurs chrétiens de faire valoir que la survie de Libane sous leau ne pouvait résulter que de lintervention divine, avant de tout simplement faire baptiser Libane par saint Congall ! Habituelle récupération chrétienne des mythes païens Nous voyons réunis dans cette histoire le thème du cheval pourvoyeur de mort, puisque cest par son entremise que jaillit la fontaine qui sera à lorigine de la noyade de la maison dEcca (dans un autre récit, cest dailleurs lurine du cheval elle-même qui finira par déborder et à noyer tout le pays sous le lac) et le thème du lac, frontière entre notre monde et lau-delà, que lon peut reconnaître aisément dans la vie de Libane dans son palais subaquatique, sans oublier que le chien, qui est son unique compagnon, est également un gardien traditionnel des portes de lau-delà et des Enfers, à lexemple de Cerbère, notamment. La relation entre le milieu aquatique et lhomme-cheval Kelpie, dune logique a priori peu évidente pourquoi un cheval vivrait-il sous leau ?- apparaît donc sous un jour nouveau à la lecture du récit de Linondation du Lough Neagh.

 

3. Le Kelpie psychopompe.

 

Ce qui lie le cheval et le milieu aquatique est ici très clairement souligné : il sagit du monde de lau-delà dans lequel le cheval, par lentremise de leau (ou de lurine), va entraîner ses victimes. Le lac peut apparaître comme une porte, éventuellement ouverte, entre notre monde et lau-delà. Quand la porte souvre, rien nempêche plus le Kelpie de surgir des profondeurs infernales. On peut donc voir dans le Kelpie un symbole du passage de la vie à la mort, leau et le cheval, animal psychopompe, symbolisant le voyage et linconnu ou, plus précisément, le voyage vers linconnu. Il est dit que les méfaits du Kelpie sont comparables à ceux du Drac et lon rappellera à la suite de Marie-Charlotte Delmas qu « à la frontière entre le monde des lutins et celui des animaux fantastiques se trouvent détranges chevaux et des ânes dont le corps sallonge pour servir de monture à plusieurs cavaliers quils entraînent dans leau afin de les noyer. »

 

4. Kelpie, vrai monstre du Loch Ness ?

 

Le Lough Neagh peut aussi évoquer le souvenir dun lac écossais célèbre : le Loch Ness. En 1823, un folkloriste fit état de lexistence dun Kelpie très malfaisant qui aurait autrefois hanté le Loch Ness et cest le 2 mai 1933 que, sur base de cette légende, un certain Alex Campbell va lancer la célébrissime farce du « monstre du Loch Ness » qui prendra progressivement la forme « dinosaurienne » que nous lui connaissons aujourdhui. Campbell fait passer le Kelpie de la tradition orale à lactualité. Il évoque un « monstre terrifiant » qui hanterait « depuis des générations » les rives du Loch Ness. Alors que lon trouvait les « chevaux des eaux » assez répandus dans le folklore écossais, lhomme-cheval monstrueux se fixa bientôt dans un environnement privilégié, le Loch Ness, jusquà devenir notre si célèbre dinosaure aquatique surgit en droite ligne du jurassique ou du crétacé !

 

Eric TIMMERMANS

Bruxelles, le 17 août 2010.

 

Sources : Dictionnaire des superstitions, R. Morel et S. Walter, Marabout, 1972 / Grand dictionnaire des symboles et des mythes, Nadia Julien, Marabout, 1998 / Lépopée celtique dIrlande, Jean Markale, Petite Bibliothèque Payot, 1971 / Le Prince de ce monde, Anubis et Nahema-Nephtys, Editions Savoir pour Être, 1993 / Science et Avenir - Hors-Série : Les animaux extraordinaires, juillet-août 2000 / Superstitions et croyances des pays de France, Marie-Charlotte Delmas, Editions du chêne, 2003.

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12 août 2010 4 12 /08 /août /2010 12:40

 

 

 

Bacchus enfant

 

Bacchus est la célèbre divinité romaine du Vin et de la Vigne, mais également de la Débauche et de la Licence. Il fut assimilé au Grec Dionysos, Bacchus étant dailleurs la forme latine du grec Bacchos, un autre nom de Dionysos.

 

Le christianisme, notamment par la voix de Pierre Le Loyer, le diabolisa et en fit même le chef du Sabbat sorcier. « A bien parler quétait-ce autre chose des orgies de Bacchus que le sabbat des sorciers et sorcières ? Quand les bacchanales se célébraient en Grèce de trois ans en trois ans sur le mont Parnasseon voyait des satyres assemblés en grandes bandes, et était remarquée leur parole bien intelligible et articulée, et oyait-on des cymbales : cest proprement le sabbat et danse des sorcières et diables mêlés lun parmi lautre. Aussi ne suis-je non plus ignorant que dautres que Bacchus ne soit le dieu Sabazius lui-même. »

 

Et encore : « Bacchus nétait quun démon épouvantable et nuisant, ayant cornes en tête et javelot en main. Cétait le maître guide-danse et dieu des sorciers et des sorcières ; cest leur chevreau, cest leur bouc cornu, cest le prince des bouquins, satyres, silènes. Il apparaît toujours aux sorciers ou sorcières, dans leurs sabbats, bien quil montre un visage dhomme, les sorcières ont toujours confessé quil a le pied difforme, tantôt de corne solide comme celui du cheval, tantôt fendu comme celui du bœuf » (Discours et histoire des spectres, Pierre Le Loyer, 1608).

 

Les fêtes données en lhonneur de Bacchus ou bacchanales, équivalent romain des dionysies grecques, firent, il est vrai, déjà scandale dans lantiquité romaine et furent même réprimées dès lan 186 avant lère chrétienne. De fait, les participants à ces fêtes se livraient à des orgies et à des désordres qui choquèrent la bonne société romaine, les bacchanales furent donc interdites en 186. Ces bacchanales étaient, à lorigine, célébrées, tous les trois ans, en Italie du sud, de même quà Rome, et plus précisément dans le bois sacré de Stimula à lembouchure du Tibre et à Ostie. Le dionysisme reprendra cependant pied à Rome, mais sous une forme plus sage et ritualisée.

 

A Rome donc, le culte de Bacchus sest confondu avec celui de Liber et fut associé à celui de sa sœur, Libera, à loccasion des liberalia (17 mars, au printemps et à la période des vendanges).

 

Bacchus fut aussi associé au culte de Cérès lors des cerealia (12-19 avril). Dans lItalie ancienne, ce Liber ou Liber Pater était un dieu de la Fertilité et de la Fécondité. Identifié à Bacchus-Dionysos, il devint le protecteur des vignerons, sa sœur Liberia étant, quant à elle, identifiée à Proserpine-Perséphone, de même quà Ariane, épouse de Dionysos. Certains rapprochent également Bacchus de Priape, voire deBelzébuth. En effet, Bacchus a, comme nous lavons vu, été considéré par les démonologues chrétiens comme le chef du Sabbat, instauré par Orphée, quil présidait, selon eux, sous le nom de Sabazios (ou Sabasius).

 

 

Bassin de Bacchus

 

Eric TIMMERMANS ©

Bruxelles, le 12 août 2010.

 

Sources : Dictionnaire de la mythologie grecque et romaine, Joël Schmidt, Larousse, 1965 / Dictionnaire du Diable, Roland Villeneuve, Omnibus, 1998 / Dictionnaire du diable, des démons et sorciers, Pierre Ripert, 2003 / Encyclopédie de la mythologie, Sequoia, 1962 / Grand dictionnaire des symboles et des mythes, Nadia Julien, Marabout, 1998.

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10 août 2010 2 10 /08 /août /2010 12:41

 

 

 

 

 

1. Râvana, roi des démons de l’Inde.

 

Râvana, fils de Vishravas et de Nikachâ, est un roi des démons (rakshasa) qui régnait sur la Cité dOr de lîle Lankâ. Certains assimilent l’île de Lanka au Sri Lanka actuel, mais cette thèse n’est pas adoptée par tous les commentateurs et l’on envisage plus vaguement « un pays situé au-delà des mers » (Varenne). En outre, Kubera, demi-frère de Râvana, aurait régné avant lui sur cette île avant que Râvana ne l’en chasse. Ennemi des dieux et des hommes, Râvana apparaît comme lun des personnages principaux du Ramayana. On le dit violent et vulgaire, et on le représente doté de dix têtes et de vingt bras. Râvana obtint lImmortalité après avoir prié Brahma durant 10.000 ans. Mais, plein darrogance, il précisa quil ne la demandait que dans lunique intention de se prémunir contre les coups des hommes et des animaux, déclarant aussi quil ne craignait nullement les créatures divines.

 

2. Râvana dans le Râmâyana : l’enlèvement de Sîtâ.

 

Râvana possède aussi un pouvoir de séduction sur les femmes. Dans le Râmâyana on le voit exercer ce pouvoir avec violence sur Sîtâ. Ainsi est-il dit que les dieux supplièrent Vishnu daller détruire Râvana, et cest dans ce dessein que Vishnu exauça le vœu du roi dAyodhyâ, Dasharatha, qui avait accompli un rite sacrificiel pour recevoir une descendance mâle longtemps espérée : ainsi Dasharatha eut quatre fils dont Râma, avatar de Vishnu et futur vainqueur de Râvana.

 

Un jour, Râma, son épouse Sîtâ et le frère de Râma, Lakshamana, furent chassés dAyodhyâ et durent trouver refuge dans la forêt. La démone Shurpanakha, sœur de Râvana, tomba amoureuse de Râma et tenta de le séduire. Se voyant repoussée, elle agressa Sîtâ mais fut neutralisée par Lakshmana qui lui coupa le nez et les seins. Shurpanakha alla ensuite se plaindre chez son frère de cette mésaventure : « Les espions du puissant Râvana informent leur maître de la présence de ces étrangers et lui parlent de la beauté de Sîtâ. Séduit, Râvana observe la jeune femme et, profitant dun incident de chasse qui entraîne au loin Râma et Lakshmana, enlève Sîtâ et lemmène jusque dans lîle de Lankâ, où se trouve son palais. » (Varenne)

 

Râma, aidé dHanuman et de larmée des singes, délivra finalement Sîta et terrassa Râvana en combat singulier. Lîle de Lankâ fut prise, la capitale incendiée et le palais de Râvana totalement détruit. Mais Râma douta de la fidélité de Sîtâ dont il pensa quelle navait pu vivre aussi longtemps sous le toit de Râvana sans en devenir la maîtresse. Aussi envisagea-t-il de la répudier. Pour prouver sa bonne foi, Sîtâ monta sur un bûcher mais les flammes refusèrent de la brûler et Râma rentra finalement à Ayodhyâ avec son épouse. Mais celle-ci sera finalement répudiée sous la pression de la populace qui rejeta une reine quelle jugeait « impure ».

 

Notons aussi que « lInde brahmanique a pris très tôt lhabitude de voir dans la lutte de Râma contre Râvana le symbole du combat des fils de la lumière contre les forces des ténèbres. » (Varenne)

 

Le récit du Râmâyana, que lon attribue à Valmîki, a été traduit en hindî par le poète Tulsîdâs qui lui a donné une forme entièrement religieuse. Dans ce contexte, « Râvana est le « mal nécessaire » qui permet à Dieu de manifester sa puissance et son amour des hommes ; percé par larme de Râma, il obtient le salut éternel. » (Varenne)

 

 

3. A savoir également.

 

3.1. Indra, dit-on, fut un jour vaincu et capturé par Râvana et amené à Lanka par Indrajit (fils de Râvana ( ?) ), alors que les dieux étaient, eux, expulsés du Ciel. On dit aussi qualors quil était poursuivi par Râvana, Indra se cacha derrière les plumes dun paon, tant et si bien que Râvana ne le trouva point. Cette légende sinscrit, de toute évidence, dans une logique visant à discréditer les anciens dieux védiques et favoriser de nouvelles doctrines.

 

3.2. Un jour, fou dorgueil, Râvana secoua le mont Kailasa sur lequel méditait Shiva, semant la panique parmi les animaux et les ascètes.

 

3.3. Râvana éleva, dit-on, lapsara Rambhâ.

 

3.4. Le fils de Râvana qui vit dans les régions inférieures est Ahirâvana.

 

3.5. Râvana a un conseiller nommé Maricha.

 

 

Eric TIMMERMANS ©

Bruxelles, le 10 août 2010.

 

Sources : Dictionnaire de lhindouisme, Jean Varenne, Editions du Rocher, 2002 / Grand dictionnaire des symboles et des mythes, Nadia Julien, Marabout, 1997 / Les Cinq Livres de la Sagesse Pancatantra, Alain Porte, Editions Philippe Picquier / LInde mystique et légendaire, Louis Frédéric, Editions du Rocher, 1994.

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5 août 2010 4 05 /08 /août /2010 12:39

 

 

 

 

1. Une déesse entre Erotisme et Maternité.

 

Déesse égyptienne de la Prostitution, de lErotisme, de lAmour et de toutes les festivités qui sy rapportent (danse, joie, musique), Hathor (ou Hâtor, Athyr), qui est parfois aussi considérée comme la déesse des régions lointaines de l’Egypte ancienne, telles que le Pount ou les régions minières du Sinaï, peut être comparée à des déesses telles que Vénus, Aphrodite ou Astarté. Pour cette raison, on a voulu opposer Hathor la Prostituée à Mout la Mère, mais c’est là, semble-t-il, une opposition par trop simpliste, Hathor ayant également en charge les attributs et les fonctions de la Mère. De fait, Hathor, qui est une des premières divinités célestes, incarne le principe universel de vie et de nourriture divine. Elle symbolise donc aussi le principe reproducteur. Ainsi existe-t-il une Triple Hathor qui nest pas sans rappeler la Triple Hécate ou encore la Triple Brighid, et ce bien que la déesse égyptienne, à la différence d’Hécate et de Brighid, n’appartienne pas à la civilisation indoeuropéenne- qui est « Mère des origines », « Mère enceinte », mais également, initiatrice.

 

Hathor, que les Egyptiens considéraient tout à la fois comme la mère et la fille de Rê, revêt aussi un aspect guerrier et un aspect sexuel, charnel. Ainsi la nomme-t-on aussi « Œil de Rê », à l’instar des déesses lionnes telles que Sekhmet ou Pakhet. En effet, dans des tombes du Nouvel Empire, on a retrouvé un récit, le « Livre de la vache du ciel », qui lui donne ce qualificatif. Rê aurait décidé denvoyer Hathor sur la terre pour punir les hommes de leur impiété, mais il se ravisa au dernier moment à lidée du carnage qui se préparait. Pour calmer la fureur guerrière dHathor, il faudra lenivrer en lui faisant boire de la bière teintée de rouge, afin de lui donner limpression quelle boit du sang. Ce mythe nest pas sans rappeler celui de la déesse hindoue Kâlî rendue folle furieuse par le sang des démons quelle avait ingurgité au cours de son combat contre eux, mais surtout celui de la déesse égyptienne Sekhmet qu’il recoupe. Les fidèles d’Hathor n’hésitaient pas à s’enivrer pour mieux communier avec elle et des fêtes qui incluaient la prostitution rituelle étaient organisées en l’honneur de la déesse. Cette forme de prostitution était notamment pratiquée le premier jour de l’année, jour anniversaire d’Hathor.

 

 

 

2. Hathor, mère d’Horus le Jeune et épouse d’Horus l’Ancien.

 

Il est dit que si Nekhen et Ouadjet personnifient Hathor dans le monde sensible, Isis et Nephtys représentent son aspect connu dans lunivers. L’apparentement d’Hathor avec Isis est tel que l’on dit aussi quelle est la mère dHorus enfant (=le Soleil) ou la Maison dHorus, soit le sein dans lequel lHorus solaire senferme chaque soir sous la forme dun faucon (ou aigle, rapace), pour renaître le matin. Il est même parfois difficile de distinguer Hathor dIsis tant on a fini par les identifier lune à lautre. On présente aussi Hathor comme lépouse dHorus lAîné (elle apparaît sous cet aspect dans son temple de Dendérah) dont elle eut Horus le Jeune, réincarnation du premier. Durant la période hellénistique, on célébrait les noces de cet Horus et dHathor le 18e jour du 9e mois. Les prêtres transportaient par bateau la statue dHathor de son sanctuaire de Dendérah à Edfou (rive ouest du Nil), où elle cohabitait durant quinze jours avec Horus lAncien. Hathor se voyait, à cette occasion, gratifiée de nombreux noms tels que « Dame des déesses », « la Dorée », « Dame de lIvresse » Dix mois après cette noce (temps de gestation habituel chez les dieux), on annonçait la naissance dHarsomtous. Dautres fêtes étaient organisées en lhonneur dHathor, fêtes qui incluaient vraisemblablement la prostitution rituelle pratiquée à cette époque, notamment le premier jour de lannée, jour anniversaire de la naissance dHathor.

 

3. Une Vache céleste entre Vie et Mort.

 

Hathor a été identifiée aux différentes vaches cosmiques célestes encore un point commun avec la déesse irlandaise Brighid qui apparaît également liée au symbole de la vache blanche- qui, chaque matin, accouchent du soleil. Elle est donc devenue, de ce fait et de manière assez paradoxale, une déesse-mère mais également une déesse des morts auxquels elle peut promettre la renaissance. Aussi les morts désirent-ils être reçus dans lescorte dHathor au moment de mourir.

 

Les suivantes de la déesse sont appelées les Sept Hathor avec lesquelles la déesse constitue l’ogdoade féminine qui nourrit les nouveaux nés et fixe leur destin. De fait, les Sept Hathor étaient réputées présider aux accouchements et pouvoir prédire lavenir des nouveaux nés. Mais si la vache céleste Hathor nourrit les vivants de son lait, elle nourrit également les morts avec la nourriture céleste quelle transporte sur son dos, fonction symbolisée par le sycomore, doù la déesse tire son nom de « Dame du sycomore ». On nomme aussi Hathor « Dame du devenir au commencement » ou encore « Celle qui est au-devant des dieux ». Sous son aspect nourricier, Hathor « mère du Soleil », était également considérée comme la nourrice de pharaon et la protectrice des femmes.

 

On le voit, Hathor apparaît donc clairement comme une divinité à deux visages, tournée tant vers le temporel que le spirituel.

 

4. Visualisation et attributs.

 

4.1. On représente parfois Hathor sous la forme dune vache sauvage (ou à tête de vache entre les cornes de laquelle irradie un soleil, à oreilles de vache) fréquentant les rives marécageuses du Nil. Elle porte le disque solaire qui rappelle son rôle de mère de Rê, de même quun pendentif en forme de nénuphar que lon confond souvent avec le lotus-, fleur considérée comme le lieu de naissance du soleil de la création, ce qui peut renvoyer à son rôle primordial de vache céleste et nest pas sans rappeler le mythe hindou de la naissance du dieu Brahma dans une fleur de lotus justement.

 

4.2. Hathor est parfois représentée (Musées Royaux dArt et dHistoire de Bruxelles, environ 350 avant lère chrétienne) avec un visage de face et deux de profil, accompagné dun personnage se tenant à ses côtés. Peut-être cette visualisation renvoie-t-elle à Hathor sous sa forme de déesse triple.

 

4.3. Hathor est parfois représentée un sistre à la main, cet instrument étant supposé posséder le pouvoir de chasser les démons et les mauvais esprits.

 

4.4. La nature réelle de la déesse, invisible, ne pouvait, quant à elle, être connue que par un nombre limité dinitiés.

 

5. Les sanctuaires d’Hathor.

 

5.1. A Abou Simbel, un petit temple était dédié à Hathor et Néfertari, lépouse préférée de Ramsès II.

 

5.2. A Deir el-Bahari, Hathor était honorée, comme nous l’avons dit, sous la forme dune vache sauvage et était représentée par liconographie funéraire de la montagne thébaine dont elle était la déesse tutélaire, parmi un fourré de papyrus des bas-fonds marécageux des rives du Nil.

 

5.3. A Thèbes, Hathor était la patronne de la rive montagneuse des morts. Elles protégeaient ces derniers à leur arrivée dans le nouveau monde.

 

5.4. A Memphis, la déesse était réputée habiter un sycomore sacré, arbre traditionnellement considéré comme un protecteur des défunts, à proximité du temple de Ptah.

 

5.5. Cest le temple de Dendérah, à une soixantaine de kilomètres au nord de Louxor, qui fut le principal sanctuaire dHathor, et ce dès les premières dynasties. Les colonnes de ce temple la montrent sous son aspect nourricier. De fait, la déesse apportait à tous ceux qui pénétraient dans son temple, une nourriture terrestre et un enseignement spirituel. Cest également la statue qui se trouvait dans ce temple qui, tous les ans, le quittait pour plusieurs jours, afin de célébrer son divin mariage avec Horus lAncien, à Edfou. Le pèlerinage durait plusieurs jours, en cortège de barques, sur les 170 kilomètres qui séparaient Dendérah dEdfou. Sur le chemin du retour, la déesse sarrêtait à Karnak pour aller à la rencontre de Mout, à Kôm Mer pour visiter Anoukis et à Hiérakonpolis, pour rencontrer Horus le Jeune.

5.6. En outre, les villes dItfou et dAtfih furent également consacrées à Hathor, qui fut aussi vraisemblablement vénérée dans les régions africaines bordant la mer Erythrée jusquà la pointe de la côte des Somalis.

 

6. Hathor serait-elle le Veau d’Or ?

 

Enfin, peut-être doit-on reconnaître dans le culte du Veau dOr évoqué dans un passage célèbre de lExode (32 : 4 : « Celui-ci reçut d’eux cet or, le travailla au burin et en fit un veau de métal. Et ils dirent : C’est ici ton Dieu, Israël, qui t’a fait sortir du pays d’Egypte »), un témoignage de la dévotion du peuple hébreu pour la déesse Hathor. Ainsi, se croyant abandonnés par Moïse, les Hébreux se seraient-ils naturellement tournés vers la divinité nourricière universelle. Selon la Bible de Jérusalem (Cerf, 1998, p.149), il ne sagirait en aucun cas de Yahvé personnifié sous une forme bovine mais peut-être, comme le suggère Robert-Jacques Thibaud dans son Dictionnaire de mythologie et de symbolique égyptienne, dun culte dédié à Hathor.

Eric TIMMERMANS ©

Bruxelles, le 5 août 2010.

 

 

Sources : Bible de Jérusalem, Cerf, 1998 / Dictionnaire de mythologie et de symbolique égyptienne, Robert-Jacques Thibaud, Dervy, 1996 / Dictionnaire historique de lEgypte, Pierre Norma, Maxi-Poche Histoire, 2003 / Dieux et déesses de lancienne Egypte, Bernard Van Rinsveld, MRAH, 1994 / Grand dictionnaire des symboles et des mythes, Nadia Julien, Marabout, 1997 / Petit dictionnaire des dieux égyptiens, Alain Blottière, Zulma, 2000.

 

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2 août 2010 1 02 /08 /août /2010 17:34

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1. La Triple Macha.

 

Fille dEtrange, lui-même fils dOcéan, Macha est, dans la tradition irlandaise, lun des aspects de la Grande Déesse-Mère celtique. Le nom de Macha signifie littéralement La Plaine. Symboliquement liée au cheval, Macha peut être rapprochée de la Galloise Rhianon, de la déesse gallo-romaine Epona ou encore, de lIrlandaise Dechtiré, mère de Cûchulainn, qui sont également en relation avec cet animal.

 

En tant que divinité associée à la première fonction sacerdotale, Macha prophétisera, sur base dun songe, un grand massacre dans les rangs des hommes dIrlande au cours du récit connu sous le nom de la Razzia des Vaches de Cooley et nommée Tain bô Cualngé en gaélique. La déesse se mit à parler au Brun de Cualngé, lun des taureaux qui sont au centre du récit, et voici ce quelle lui dit : « Bien, ô malheureux Brun de Cualngé, fais attention, car les hommes dIrlande vont venir à toi, et ils temmèneront dans leur camp si tu ne fais pas attention. » Elle prophétisera ensuite la mort des gens dIrlande suivie de la mort du Brun de Cualngé lui-même.

 

La seconde Macha est dite « à la Crinière rouge » et constitue laspect guerrier (2ème fonction) de cette déesse, ce qui la rapproche de la Bodb-Morrigane, la déesse-corneille porteuse de crânes de guerriers morts (image qui nest pas sans évoquer la déesse hindoue Kâlî) et dont Macha apparaît ici comme la sœur. A lorigine, trois rois se partageaient le pouvoir durant sept ans chacun, mais à la mort de lun deux, Aed dit le Rouge, les deux autres refusèrent de voir sa fille Macha lui succéder. Celle-ci sempara finalement du trône paternel, règnera en tyran et refusera à son tour de céder son privilège aux cinq enfants du deuxième roi décédé. Macha sortira gagnante du conflit sanglant qui sen suivra. En définitive, elle épousera le troisième roi et, avec sa broche, tracera lenceinte de sa ville : Emain Macha. Elle obligera les vaincus à bâtir sa forteresse. Cet aspect de Macha, notamment indiqué par la couleur rouge, correspond à sa fonction guerrière. Cette couleur rouge est également celle de la déesse Morrigane.

 

Enfin, Macha apparaît également comme représentant la troisième fonction productrice, lépouse qui fait des miracles et agrandit immensément la richesse de son époux. Cette troisième Macha apparaît dans le récit de la Maladie des Ulates. Macha vint un jour soccuper du ménage dun paysan veuf nommé Crunnchu, dont elle portera, en outre, les enfants. Mais Crunnchu, pas très futé, eut un jour la mauvaise idée de vanter les pouvoirs de son épouse, si bien que Macha se trouva dans lobligation de disputer une course avec les chevaux du roi dUlster Conchobar, alors quelle était enceinte. Elle accouchera de deux jumeaux un garçon et une fille- après avoir emporté la course. En mourant, elle maudira les hommes dUlster pour ne pas sêtre opposés au roi et ne pas lui avoir demandé dinterdire la course. Elle leur jettera un sort qui les obligera chaque année, durant cinq jours et cinq nuits, à subir les douleurs de lenfantement à la date anniversaire de sa mort, et cela jusquà la neuvième génération. Seul le héros Cûchulainn échappera à la malédiction de Macha. Le lieu où Macha accoucha de ses jumeaux porta dès lors le nom dEmain Macha (=Jumeaux de Macha).

 

Macha apparaît donc comme une déesse trifonctionnelle réunissant en elle le Sacré, le Guerrier et le Producteur. Cest la raison pour laquelle on la nomme la Triple Macha, manifestation de la Déesse-Mère cosmique originelle. On peut établir une parallèle avec la Triple Brighid, par exemple.

 

 

  1. Emain Macha ou les « Jumeaux de Macha ».

     

 

Emain Macha est également le nom de la capitale des Ulates, soit du peuple de lUlster ancien. Aujourdhui, Emain Macha porte le nom dEmania ou Navan Fort, près dArmagh, (dont le nom dérive dArd Macha, soit « Haute Macha » ou « Hauteur de Macha »). Les jumeaux de Macha se nomment Fial (sœur) et Fior (frère). Fial (=la Chaste) sera lépouse de Lughaidh mac Iatha. Lorsque celui-ci laperçut nue dans son bain (où est-ce linverse ?), Fial en mourrut de honte (ce qui nest pas sans évoquer lhistoire de Mélusine). Fior, quant à lui, est une figure apollinienne. Peut-être que la fête de la Dixième Nuit, attestée à Limoges, peut avoir été jadis une commémoration de la naissance du dieu Apollon Grannos, analogue à celle de lIrlandais Fior dont le nom est associé aux quatre jours et aux cinq nuits durant lesquels les Ulates doivent subir les douleurs de lenfantement, suite à la malédiction de Macha. Le site dEmain Macha est dailleurs associé à une autre figure apollinienne nommée Conmhaol mac Eibhir. La naissance de Fior et de Fial est racontée dans la Neuvaine des Ulates et quelques récits convergents. A noter encore quEmain Macha constituait, à lorigine, le cœur sacré de lUlster. Ce nest donc pas un hasard si saint Patrick, évangélisateur de lIrlande, décida dimplanter à Armagh, qui était vraisemblablement un important sanctuaire druidique, le premier siège épiscopal de lIrlande.

 

 

Eric TIMMERMANS

Bruxelles, le 2 août 2010.

 

Sources : Dictionnaire historique des Celtes, Maxi Poche Histoire, Pierre Norma, 2003 / Essai de dictionnaire des dieux, héros, mythes et légendes celtes, fascicule 1, Claude Sterckx, 1998 / La Razzia des vaches de Cooley, traduit de lirlandais ancien, présenté et annoté par Christian-J. Guyonvarch, Laube des peuples, Gallimard, 1994 / Lépopée celtique dIrlande, Jean Markale, Petite Bibliothèque Payot, 1973 / Les Celtes Histoire et dictionnaire, Venceslas Kruta, Robert Laffont, 2000 / Les Celtes Les dieux oubliés, Marcel Brasseur, Terre de Brume Editions, 1996 / Nouveau dictionnaire de mythologie celtique, Jean Markale, Pygmalion, 1999.

 

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29 juillet 2010 4 29 /07 /juillet /2010 13:16

 

 

 

Les Bacab, dont on dit qu’ils sont les enfants d’Ix Chel et d’Itzamna, sont des divinités mayas associées aux quatre points cardinaux. Ils sont les « porteurs du ciel ». Soutiens de la voûte céleste, ils soutiennent parfois aussi la surface terrestre.

 

Ils apparaissent sous la forme de vieillards associés à la terre et à sa fertilité, de même quà linframonde dans son aspect humide. A lépoque classique, on compte parmi les attributs des Bacab une coquille marine ou encore une carapace de tortue. Au postclassique ancien, on leur associe également la toile daraignée et labeille. Il apparaît que le dieu N a les mêmes caractéristiques que les Bacab et quil ne peut donc en être séparé. Cest une créature que lon représente souvent émergeant dune coquille univalve et qui se trouve associée à la fertilité de la terre.

 

« Le dieu N (et ses variantes N et N’’) ne sont autres que les formes postclassiques des vieux bacabs mythiques du classique ; ce sont des vieillards qui portent dans le dos une écaille de tortue ou qui émergent dun gastéropode » (Baudez)

 

Les Bacab sont liés au mythe du Déluge et de la destruction du monde.

 

« Le franciscain Diego de Landa, dans la Relacion de las cosas de Yucatan quil composa vers 1566, relie le thème du déluge à la figure des quatre Bacab « porteurs de ciel » :

Parmi les innombrables dieux quils vénéraient figuraient quatre divinités qui répondaient chacune au nom de Bacab. Selon les gens de cette nation, Dieu, quand il avait créé le monde, avait placé ses quatre frères aux quatre coins de la Terre, afin quils soutiennent le ciel et lempêchent ainsi de tomber ; comme ils affirmaient ainsi que ces Bacab avaient échappé à la destruction lorsque le déluge sétait abattu sur le monde. » (Taube)

 

« Landa nous dit que les bacabs étaient quatre frères que Dieu avait placés, au moment de la création, aux quatre coins du monde pour soutenir le ciel afin de lempêcher de tomber. Or, ces bacabs, disait-on, avaient survécu au Déluge. Dans le Livre de Chilam Balam de Chumayel, les bacabs sont ceux qui provoquèrent le Déluge et détruisirent le monde. Pour commémorer cette destruction, ces dieux dressèrent des arbres dabondance aux quatre coins et au centre de lunivers. Au sommet de chacun de ces arbres se tenait un oiseau despèce différente. Daprès cette même source, la destruction du monde avait eu lieu parce que les hommes étaient dépourvus de cœur et de jugement. » (Baudez)

 

 

Dans les documents coloniaux, il est ainsi rapporté que deux dieux nommés respectivement Ah Muzencab et Bolon-ti-ku provoquèrent le déluge après avoir attaqué un autre dieu nommé Oxlahun-ti-ku, afin de lui voler ses insignes royaux.

 

Or, dans les Livres de Chilam-Balam (versions de Chumayel et de Mani) il est dit, à la suite de cet événement : « Puis le ciel tomba ; il seffondra sur la terre au moment même où les quatre Bacab suscitèrent la destruction du monde. »

 

Cela fait vraisemblablement référence à lune des destructions de races dhommes inintelligents dont il est question dans le Popol Vuh, sans que lon ne sache sil sagissait, dans ce cas, des hommes dargile ou des hommes de bois.

 

Après cette destruction, ce déluge, il est dit que cinq grands arbres furent disposés aux quatre points cardinaux, de même quau centre de la Terre, et ce afin de soutenir le ciel. Ces « arbres du monde » sont chacun associé à une couleur, à une direction de lespace, de même quà une ou plusieurs espèces doiseau différentes. Sur chacun de ces arbres cosmiques est perché un Chac, ce qui renvoie au nom du dieu maya de la pluie.

 

Certains pensent pouvoir retrouver dans les Bacab limage dune ancienne divinité maya quadruple, quelquefois identifiée à des montagnes, généralement représentée en train de soutenir la Terre sur les monuments de lancienne civilisation maya et nommé Pauahtun.

 

Celui qui est dit « le meilleur et le plus grand » des Bacab, est Canzienal, le patron de lannée faste Muluc, associé au Nord et au Blanc. Lannée faste Kan avait pour augure le Bacab Hobnil, associé à l’Est et au Rouge. Le Bacab de lannée Ix porte lui le nom de Zac Cimi (de zac cimil, « mort blanche », « évanouissement »), associé à l’Ouest et au Noir. Le Bacab de l’année Cauc est Hazonek, associé au Sud et au Jaune.

 

 

 

Eric TIMMERMANS.

Bruxelles, le 28 juillet 2010.

 

 

Sources : Le Popol Vuh, : Les dieux, les héros et les hommes de l’ancien Guatemala d’après le livre du conseil, Librairie d’Amérique et d’Orient, Jean Maisonneuve, 1925 (réédition 1er janvier 2000) / Mythes aztèques et mayas, Karl Taube, Seuil, 1993 / Une histoire de la religion des Mayas, Claude-François Baudez, Albin Michel, 2002.

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27 juillet 2010 2 27 /07 /juillet /2010 13:43

 

 

 

 

 

1. Orphée, fondateur du Sabbat.

 

En démonologie, Orphée est considéré comme le fondateur du Sabbat satanique. Selon Pierre Le Loyer (célèbre démonographe, 1550-1634), Orphée est le plus grand magicien et le plus grand nécromancien de tous les temps. Cest lui, notamment, qui aurait introduit en Grèce la magie, lart de lire dans les astres, de même que lévocation des Mânes.

 

2. Orphée dans la tradition hellénique.

 

Orphée était le fils du roi de Thrace Oïagros/Oeagre (ou dApollon) et de la Muse Calliope.

 

Il fut le plus grand poète légendaire du monde hellénique, Apollon layant comblé de dons. Le dieu lui offrit notamment une lyre à sept cordes auxquelles il ajouta deux autres afin que leur nombre corresponde à celui des neuf Muses. Par les sons quil tirait de cet instrument, Orphée avait la capacité de sattirer lattention aimable non-seulement des humains, mais également des animaux, y compris les bêtes féroces. Les fleuves eux-mêmes sarrêtaient de couler, les buissons cessaient de bruire et même les rochers semblaient écouter. Par les sons de sa lyre, Orphée su même amadouer les êtres les plus monstrueux : le dragon de Colchide, Cerbère et les Furies elles-mêmes. Il parvint aussi à surpasser le chant des Sirènes.

 

Orphée jouant au milieu danimaux sauvages attentifs et fascinés, est lun des rares motifs païens qui aient été exploités dans lart chrétien archaïque, notamment dans les catacombes en tant que symbole du Christ-Enseignant et du Bon Pasteur.

 

Notons que la région de Piérie, en Macédoine méridionale, était célèbre dans lAntiquité pour le culte quon y rendait à Orphée et aux Muses.

 

Orphée sembarqua sur lArgo et accompagna les Argonautes dans leurs aventures, calmant de ses chants les tempêtes et les colères de léquipage. Il réussit même à couvrir la voix des Sirènes. Après ce périple, il se rendit en Egypte, où il enseigna aux habitants le culte des dieux grecs Apollon et Dionysos.

 

De retour en Thrace, Orphée épousa la nymphe Eurydice. Mais au soir même de ses noces, voulant échapper aux avances pressantes dun berger nommé Aristée, Eurydice prit la fuite et fut mordue par un serpent venimeux : elle mourut aussitôt. Désespéré, Orphée demanda à Zeus la permission de descendre aux Enfers pour retrouver son épouse et la ramener sur terre, ce qui lui fut accordé, à la condition toutefois quà aucun moment il ne regarde Eurydice avant davoir retrouvé le monde des vivants.

 

A loccasion de ce voyage infernal, Orphée charma par les sons de sa lyre, Cerbère et les Furies, ce qui lui permit dentrer dans le royaume dHadès et de retrouver Eurydice. Hélas, voulant sassurer que celle-ci le suivait bien, Orphée voulut la regarder et aussitôt la malheureuse disparut à ses yeux pour toujours. Cette histoire nest pas sans rappeler celle de la femme de Loth se retournant pour regarder Sodome et qui fut instantanément changée en statue de sel.

 

Après la mort définitive de sa bien-aimée, Orphée dédaigna lamour des autres femmes, voulant ainsi rester éternellement fidèle à Eurydice. Il vécut en sauvage, au milieu de la forêt, renonçant à toute compagnie humaine (ou, selon une autre version, se consacra à initier des novices aux mystères dApollon). Par dépit et jalousie, les femmes de Thrace (ou les Ménades, ou les Bacchantes, suivantes de Bacchus/Dionysos, lattitude dOrphée irritant Dionysos qui prône livresse sacrée) le mirent en pièces : sa tête fut jetée dans lHèbre (le chef dOrphée avait le don de prophétiser) et recueillie à Lesbos, quant à sa lyre, elle fut placée par Zeus parmi les constellations, à la demande dApollon et des Muses. Ces dernières donnèrent aux membres rassemblés de linfortuné Orphée, une sépulture au pied de lOlympe.

 

3. LOrphisme.

 

Initié en Egypte aux mystères dOsiris, Orphée passe pour avoir fondé les mystères orphiques dEleusis. Cette secte religieuse aurait été fondée dès le début du 6ème siècle (ou 4ème s.) avant lère chrétienne. Cest essentiellement dans lItalie méridionale, chez les adeptes de Pythagore, que ce mouvement a suscité de lintérêt, et ce bien que la doctrine orphique trouve son origine en Thrace, le pays dOrphée.

 

Aujourdhui encore, lorphisme reste en partie mystérieux, notamment du point de vue du déroulement et de lordonnance des rites.

 

Comme souvent, cest la volonté de simplifier les mythes et les doctrines religieuses, devenues dune telle complexité quelles en étaient parfois devenues incompréhensibles, qui est à la source de la naissance de lorphisme dont le but était de faire sortir du cadre religieux grec traditionnel, cest-à-dire polythéiste, la figure dun dieu unique nommé Zeus ou, plus généralement, Dionysos ou Zagréos.

 

Lorphisme incluait aussi la notion de réincarnation (ou de renaissance) et envisageait donc le passage aux Enfers comme une voie mortificatrice nécessaire à lépanouissement et à la purification de lâme.

 

Lorphisme était, en outre, largement répandu dans toutes les couches de la société gréco-romaine et prépara, pour une bonne part, lavènement du christianisme : bien souvent, sur les stèles funéraires du début de lère chrétienne, on peut voir un Christ ayant les traits et les attributs dOrphée.

 

4. Visualisation.

 

Orphée est généralement représenté vêtu dune robe orientale et dun bonnet phrygien. Ce nest quultérieurement que sa tenue deviendra spécifiquement grecque. La lyre constitue son attribut principal.

 

 

Eric TIMMERMANS

Bruxelles, le 27 juillet 2010.

 

 

 

 

Sources : Dictionnaire de la mythologie grecque et latine, Odile Gandon, Hachette Jeunesse, 2000 / Dictionnaire de la mythologie grecque et romaine, Joël Schmidt, Larousse, 1965 / Dictionnaire du diable, des démons et sorciers, Pierre Ripert, Maxi-Poche Références, 2003 / Encyclopédie de la mythologie, Sequoia, 1962 / Grand dictionnaire des symboles et des mythes, Nadia Julien, Marabout, 1998.

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