1. Ah Puch dans la Tradition maya.
Ah Puch est le dieu de la Mort dans le panthéon maya. Il est l’une des plus importantes divinités infernales de cette tradition. Il est également désigné par les mentions « dieu A » et « A’ », correspondant à deux formes principales du dieu de la Mort maya.
« Alors qu’il semble qu’au classique la mort n’était qu’une figure allégorique, dans les derniers siècles avant la Conquête, elle accède au panthéon maya sous deux formes principales : A et A’, avec leurs expressions glyphiques respectives. A est un squelette orné de taches cadavériques et d’ « yeux arrachés ». A’ porte des os croisés et des yeux sur son vêtement ainsi que le signe cimi sur la joue ; akbal marque son front, une tache noire entoure son œil, un os et des yeux arrachés se trouvent dans sa coiffure. Le glyphe principal désignant cette créature reproduit le visage du dieu, ou une tête privée de mâchoire. » (Baudez).
Dans les textes coloniaux ce dieu est connu sous le nom d’Ah Puch (=le Décharné), ou encore sous le nom de Hun Ahau (=le Seigneur). On le connaît encore sous les noms de Cizin (=le Flatulent) chez les Mayas postclassiques et modernes, de même que sous celui de Yum Cimih (=Seigneur de la Mort). Les Mayas du Yucatan lui donnent également le nom de Kisin (=le Puant). De fait, contrairement au dieu du vent qui véhicule une odeur parfumée, Ah Puch propage la putréfaction et les odeurs fétides qui en proviennent.
Ah Puch, dieu associé à la Maladie et à la Mort, qui vit au plus profond des Enfers, là où vont les âmes des morts, est particulièrement craint car il règne sur les périodes de sécheresse et de disette. C’est pour cette raison aussi qu’il apparaît comme l’ennemi naturel de Chac, le dieu de la Pluie, un dieu présidant à la fertilité. Dans le Popol Vuh des Mayas Quichés, on donne au dieu de la Maladie et de la Mort les noms de Hun Came (=Un Mort) et de Vucub Came (=Sept Morts).
Les Mayas considèrent Ah Puch comme un être dégoûtant et de peu d’intelligence qui peut être trompé assez facilement.
2. Iconographie et visualisation.
2.1. On retrouve des représentations d’Ah Puch dans le Tzompantli ou Temple des Crânes de Chichen Itza (Yucatan, Mexique).
2.2. Dans les codex et dans l’art, Ah Puch est représenté sous la forme d’un crâne ou d’un corps en décomposition.
2.3. Dans les codex, on représente également Ah Puch avec des petites cloches ou des yeux sur la tête, les poignets et les chevilles.
2.4. On montre Ah Puch sous la forme d’un être petit et grotesque, exécutant parfois une danse du ventre sauvage et endiablée !
2.5. On représente aussi Ah Puch fumant et en pleine extase, ou dans l’art, effectuant l’autosacrifice du pénis, ou encore présidant aux rites de nouvelle année qui inclut le sacrifice (k’ex). Certaines scènes de l’art maya suggère que des enfants ont ainsi été sacrifiés au cours des rites du K’ex.
2.6. Ah Puch est représenté dans le codex de Madrid.
2.7. Une statue d’Ah Puch est visible au musée du Quai Branly, à Paris.
3. A savoir également.
3.1. Les Mayas contemporains ont gardé la coutume d’offrir des poulets en sacrifice aux dieux de la Maladie et de la Mort, afin d’obtenir leur guérison.
3.2. Le jour du calendrier maya nommé Kimi est notamment représenté par un crâne et un couteau de sacrifice.
3.3. Ah Puch est lié aux quatre points cardinaux, aux dieux de la Guerre, des Sacrifices et des Accouchements, au calendrier, au chien, au hibou, à l’ « Oiseau de Gémissement ».
Eric TIMMERMANS
Bruxelles, le 6 juillet 2010.
Sources : Mythes aztèques et mayas, Karl Taube, Seuil, 1995 / The mayan gods, Dante – The Maya World Publisher’s – Musée de Mérida, Mexique / Une histoire de la religion des Mayas, Claude-François Baudez, Bibliothèque Albin Michel Histoire, 2002.